CHAPITRE VItl
si considérable des conférences de Notre-Dame. Semblables à ces preux des temps chevaleresques, qui, sous l'influence constante de la dame de leur pensée , ne reculaient devant aucun obstacle pour lui prouver leur dévouement; ainsi ces pieux jeunes gens, justement émus de la gloire de la sainte Église, imaginaient chaque jour en son honneur quelque nouvelle entreprise; ils la poursuivaient avec une infatigable persévérance malgré toutes les difficultés qui ne manquent jamais de surgir, surtout dès qu'il s'agit de faire le bien. Ce fut encore, comme toujours, Ozanam qui, sans le chercher, mais par la seule influence qu'exerçaient son zèle et son mérite , fut placé à la tête de la députation que la jeunesse catholique adressa à M&'r de Quélen, pour obtenir les conférences de Notre-Dame.
Voici les détails que nous trouvons à ce sujet dans une noie insérée à la page 49 du premier volume des lettres d'Ozanam :
« Une pétition couverte de cent signatures fut remise à Monseigneur dans les premiers jours de 1833 (juin) par MM. Ozanam, Lejouteux et de Montazet, petitneveu de l'archevêque de ce nom , tous trois étudiants en droit. Monseigneur les reçut avec une très grande bonté, les fit causer longtemps. Ils exposèrent le projet qu'ils étaient venus soumettre : on proposa quelques noms, ils insistèrent sur l'état des esprits. Monseigneur leur dit qu'il s'occuperait de leur demande, et qu'il croyait que le moment n'était pas loin où la religion sortirait triomphante de la lutte. « Oui, disait-il, j'en « ai le pressentiment, quelque chose de grand se préce pare, Dieu se ménage une victoire éclatante. » Puis
il bénit ces trois jeunes gens, et, les embrassant avec effusion, il leur dit: « J'embrasse en votre personne « toute la jeunesse catholique. » L'année suivante on avait un vague espoir que Monseigneur donnerait suite à la demande des conférences. Les mêmes étudiants rédigèrent une seconde pétition pour les solliciter de nouveau. Cette fois elle fut couverte de deux cents signatures. MM. Ozanam, Lallier et Lamache furent délégués pour la porter. Ils eurent leur audience le 13 février 1831. Ils exposèrent encore à Monseigneur le désir d'un enseignement qui sortît du ton ordinaire des sermons, où l'on traiterait les questions qui préoccupaient alors la jeunesse, oà la religion serait présentée dans ses rapports avec la société, et répondrait au moins indirectement aux principales publications de France et d'Allemagne. Ils insistèrent encore pour avoir le P. Lacordaire, qui leur était connu par l'Avenir et le procès de l'école libre ; ce jeune prêtre avait pour lui les vives sympathies de la jeunesse. Monseigneur ne voulut pas s'expliquer, et, sur les instances de ces jeunes gens, il finit par leur dire qu'il espérait les contenter, qu'il allait tenter un essai. En ce moment la porte s'ouvrit, et M. de Lamennais parut. Monseigneur s'avançant au-devant de lui , l'embrassa , le prit par la main, et se tournant vers ces jeunes gens: « Voilà, « Messieurs , l'homme qui vous conviendrait si la fai- « blesse de sa voix lui permettait de se faire entendre ; « il faudrait ouvrir les grandes portes pour laisser ence trer la foule, et la cathédrale ne serait pas assez « vaste pour contenir tous ceux qui accourraient au- « tour de la chaire. — Oh! moi, maintenant, Mon-