CHAPITRE VIII
se fût pas borné à entrer dans le détail des preuves de fait du christianisme, à démontrer l'authenticité de ses titres, à réfuter les objections vulgaires déjà tombées dans le mépris, mais où on l'eût développé dans toute sa grandeur, dans son harmonie avec les aptitudes et les besoins de l'individu et de la société. Là trouveraient leur place : une philosophie des sciences et des arts qui nous découvrît dans le catholicisme la source de tout ce qui est vrai et de tout ce qui est beau , aûn qu'à cette source chacun de nous vint puiser suivant ses forces et sa vocation ; enfin une philosophie de la vie qui, sondant les problèmes de l'existence humaine, expliquât à l'homme son origine, dirigeât sa marche et lui fît envisager sa fin. Nous eussions désiré que cet enseignement fût tombé de la chaire sacerdotale, parce que sur les lèvres du prêtre se trouve une grâce qui fortiûe et qui convertit. A tous la porte serait ouverte, et ceux qui errent et ceux qui croient , confondus dans la même enceinte, simples auditeurs, recueilleraient en silence la parole sacrée , germe qui grandirait dans leur cœur, fécondé par la méditation. Peut-être au milieu de ces jeunes gens réunis autour des mêmes autels naîtrait un fraternel amour, qui les rapprocherait d'abord, et qui, s'épanchant ensuite, irait chercher l'indigence au dehors et lui porter secours.
« Alors, de toutes ces âmes rassurées par la foi ou consolées par la charité, s'élèverait un concert de louanges pour Dieu, de filiales reconnaissances pour l'Église, et de bénédictions pour celui qui aurait été l'auteur de tout ce bien , pour vous , Monseigneur.
« Nous avons l'honneur d'être, Monseigneur, de
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Yotre Grandeur, les très humbles et très obéissants serviteurs et fils dévoués en Jésus-Christ. »
Suivent les signatures.
« Le lendemain matin , un journal ayant parlé de cette visite et de la pétition, MM. Ozanam et Lallier, désolés de cette indiscrétion , se rendirent à l'instant chez Monseigneur, qui pardonna bien "volontiers, et, prenant leurs deux têtes dans ses bras , il les embrassa paternellement , puis il les reconduisit à la porte de son salon en leur disant qu'ils y trouveraient les sept prédicateurs auxquels il avait confié l'enseignement qu'ils demandaient; il les engagea à s'entendre avec eux et à leur exposer ce qu'ils désiraient.
« Ce que désiraient ces jeunes gens, ce n'était pas les sept prédicateurs choisis par Monse'gneur; on ne fut pas d'accord sur les questions à traiter, et bientôt la discussion fut si vive qu'on ne s'entendit plus.
« Msr de Quélen ouvrit lui-même, le 16 février 183i, la première conférence de Notre-Dame, qui fut suivie de sept autres. Malgré le talent incontesté des sept prédicateurs, cet enseignement sans unité eut peu de succès, et, pendant ce temps, la foule se pressait dans la chapelle du collège Stanislas autour dj2 l'abbé Lacordaire. Les personnes les plus distinguées, les plus éminentes se disputaient le bonheur de l'entendre. L'enceinte devenant trop étroite pour donner accès à ce nombreux auditoire, on escaladait les fenêtres et l'on y restait suspendu pour écouter le jeune et éloquent orateur. Enfin, le 8 mars 1835, Lacordaire prit