‹ Vie de Frédéric OzanamChapitre 142 sur 313 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

possession de la chaire de Notre-Dame, pour la p'us grande gloire de Dieu1. »

A l'avent de 1834, l'autorisation de reprendre les conférences de Stanislas ayant été refusée à Lacordaire, celui-ci écrivit à M. de Montalembert : « L'obéissance coûte; mais j'ai appris de l'expérience qu'elle est tôt ou tard récompensée , et que Dieu sait ce qui nous convient. La lumière vient à qui se soumet comme à un homme qui ouvre les yeux. » Et à Mme Swetchine : « Je suis aujourd'hui on ne peut plus calme et heureux. Je m'abandonne tout à fait à la Providence, qui jusqu'ici ne m'a pas manqué, et a su mieux que moi ce qui m'était bon. »

« Au mois de janvier 1835 (c'est Lacordaire luiqui a dicté les lignes suivantes quelques semaines avant sa mort), je traversais le jardin du Luxembourg; je rencontrai un ecclésiastique qui m'était assez connu ; il m'arrêta et il me dit : « Que faites-vous? il faudrait « aller voir l'archevêque et vous entendre avec lui. » A quelques pas de là, un autre ecclésiastique qui m'était beaucoup moins connu que le premier m'arrêta pareillement et me dit : « Yous avez "tort de ne point « voir l'archevêque; j'ai des raisons de penser qu'il « serait bien aise de s'entretenir avec vous. »

« Cette double invitation me surprit; accoutumé que j'étais à un peu de superstition du côté de la Providence, je me dirigeai lentement vers le couvent de Saint- Michel, non loin du Luxembourg, où l'archevêque demeurait alors.

1 Note à la suite de la lettre XVI, t. I des Lettres, p. 92.

« Ce ne fut point la portière qui vint m'ouvrir, mais une religieuse de chœur qui me voulait du bien, « parce que, disait-elle, tout le monde m'en voulait. » Monseigneur, selon ce qu'elle m'apprit, avait absolument défendu sa porte; « mais, ajouta -t- elle, je vais « le prévenir, et peut-être vous recevra-t-ii. » La réponse fut favorable, et, en entrant chez l'archevêque, je le trouvai qui se promenait dans sa chambre, avec un air triste et préoccupé. Il ne me donna qu'un faible témoignage de bienvenue, et je me mis à marcher à ses côtés sans qu'il proférât une parole. Après un assez long intervalle de silence^ il s'arrêta tout court, me regarda d'un œil scrutateur et me dit : « J'ai le dessein « de vous confier la chaire de Notre-Dame; l'accepte- « riez-vous? »

Cette si brusque ouverture , dont le secret échappait entièrement à l'abbé Lacordaire, ne lui causa aucune ivresse. Il répondit à l'archevêque que le temps était bien court pour se préparer; mais après vingt -quatre heures de réflexion qui lui avaient été accordées, il accepta.

Le succès de l'abbé Lacordaire fut immense.

Dès la première conférence, la bataille fut gagnée dans l'esprit de l'archevêque et aussi dans l'auditoire.

Un cri , dont l'accent sincère et profond fit tressaillir l'assemblée tout entière comme un courant d'étincelle électrique , s'était échappé de la poitrine de l'orateur et avait décidé la victoire :

« Pourquoi ai -je pris la parole dans cette enceinte? Si je jette les yeux autour de moi, je découvre des

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