‹ Vie de Frédéric OzanamChapitre 143 sur 313 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

fronts de tous les âges, des cheveux qui ont blanchi dans les veilles de la science, des visages qui portent la trace de la fatigue des combats, d autres qu'animent les douces émotions des études littéraires, de jeunes hommes, enfin, qui viennent de cueillir à peine la troisième fleur de la vie. Assemblée, assemblée, ditesmoi : que me demandez -vous? la vérité? Vous ne l'avez donc pas en vous , vous la cherchez donc , vous voulez la recevoir, vous êtes venus ici pour être enseignés ! »

L'œuvre des conférences de Notre-Dame était définitivement fondée, et la voie à suivre pour la continuer avec fruit était tracée. Le P. de Ravignan n'hésita pas à s'y engager à son tour, lorsqu'il succéda à Lacordaire, en 1837.

Le P. de Ravignan eut la gloire de conserver un auditoire que Lacordaire retrouva fidèle quand il reprit ses conférences, revêtu du froc dominicain, auditoire que le P. Félix a captivé pendant dix -sept ans, et qu'attirent encore au pied de la chaire de Notre-Dame le P. Monsabré et le P. Matignon.

Nous sommes en 1878, et l'œuvre a commencé en 1835. Elle a donc déjà quarante -trois ans d'existence. N'oublions pas de rapporter que le P. de Ravignan, qui aimait les âmes et qui en était aimé, a complété cette œuvre des conférences par la retraite de la semaine sainte , retraite suivie de la communion générale de Notre-Dame, le jour de Pâques.

On sait le bien que produisit pendant dix années ce nouveau genre de prédication, auquel on donna le nom de conférences, parce que généralement il em-

pruntait la forme de la controverse plutôt que celle de l'exposition de la doctrine. Malgré sa jeunesse, Lacordaire eut le talent de réunir, dès le début, un immense auditoire qui remplissait les vastes nefs de Notre-Dame, et le talent plus rare encore de le conserver toujours aussi nombreux jusqu'au dernier jour, quoique son enseignement ait été interrompu pendant plusieurs années à différentes reprises.

Non seulement il attirait au pied de sa chaire les notabilités de la science, des lettres et de la magistrature , mais il exerçait surtout une influence prodigieuse sur la jeunesse des écoles; c'était à eux surtout qu'il s'adressait. Il avait été presque leur condisciple; il savait mieux que personne le danger que courait leur âme au milieu des doctrines impies si généralement répandues à cette époque. On voyait dans les élans de son cœur qu'il éprouvait pour eux une tendresse toute fraternelle.

Ces conférences étaient devenues comme le rendezvous et le point de ralliement des étudiants. Les uns y allaient pour s'instruire et s'édifier, les autres par curiosité , pour y entendre un orateur d'un talent incontestable , et parfois ils y recevaient des lumières célestes qui les disposaient à accueillir la parole divine avec plus d'estime et de respect, et qui les réconciliaient avec une religion pour laquelle ils n'éprouvaient auparavant que de l'aversion et du mépris.

Ozanam n'eut pas seulement le mérite d'avoir contribué à une institution capable de contre-balancer les funestes effets des mauvaises doctrines sur la jeunesse qui venait demander la science aux écoles de la ca-

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