CHAPITRE IX
torbéry, et lui ai demandé, avec le peu de ferveur dont je suis capable , de m'assister dans un travail entrepris à sa gloire '. »
Ozanam, à l'exemple des saints, observa toute sa vie une pieuse pratique, celle de demander au Ciel des lumières lorsqu'il commençait son travail de chaque jour, et surtout lorsqu'il rencontrait sur sa route des difficultés ou des obscurités devant lesquelles sa science et ses talents étaient impuissants.
Ce fut dans ces conditions et dans ces sentiments si chrétiens qu'il se mit à l'œuvre , et qu'il acheva l'opuscule dont nous allons essayer de donner une esquisse rapide. Ce n'est pas une analyse de ce petit travail que nous allons faire ; c'est l'esprit dans lequel il a été conçu et accompli que nous désirons faire connaître.
les réflexions sur la doctrine de Saint-Simon, qu'Ozanam avait fait paraître quatre ans avant l'ouvrage dont il est ici question, nous l'ont déjà montré comme un jeune écrivain qui voulait se dévouer à la grave et laborieuse carrière de défenseur de la vérité , et engager au service de la cause catholique tout ce qu'il avait d'âme et de talent. Ce fut le but unique de tous ses travaux, de tous ses cours, de tous ses livres.
Le parallèle qu'établit Ozanam, par la double étude historique sur Bacon et saint Thomas de Cantorbéry, qui tous deux avaient habité le même pays , porté la même simarre , qui tous deux avaient été doués d'un beau génie, ne devait pas avoir seulement pour but d'intéresser le lecteur en piquant sa curiosité, et en accomplissant une sorte de tour d'adresse littéraire. Les
1 Lettres, t. I, p. 187, 2* édit.
vues de l'auteur s'élevaient bien plus haut : c'était de mettre en regard le philosophe et le saint, le grand homme selon le monde avec le grand homme selon le christianisme. Il voulait comparer deux ordres d'idées entièrement différentes, entre lesquels le choix serait de la plus haute importance. Il se proposait de faire mesurer deux types : l'un représentant la terre avec toutes ses petitesses , toutes ses misères ; l'autre reflétant le ciel avec ses grandeurs et ses vertus, afin d'inspirer le mépris de l'un et l'estime de l'autre. Enfin il désirait faire apprécier, d'une part, ce que la science, la philosophie, la libre pensée, ont pu faire de l'homme le plus éminent par ses talents , son génie et le rôle important qu'il a joué, mais abandonné aux seules ressources de l'esprit humain; puis montrer, d'autre part, ce que le secours divin, mérité par la pratique des plus rares vertus, peut opérer dans un homme qui pourtant ne tient pas le premier rang entre les sages du catholicisme ; car il est dans l'Église des têtes ceintes de plus riches auréoles que celle de saint Thomas.
François Bacon de Vérulam est celui qui fixe d'abord l'attention du jeune écrivain. Ozanam commence par jeter d'abord un coup d'œil rapide sur l'état des esprits au point de vue philosophique, à l'époque où cet homme célèbre apparut sur la scène. C'est, pour ainsi dire, le fond du tableau sur lequel il va peindre le portrait du grand penseur. Il commence par en calquer l'esquisse sur ses œuvres mêmes, dont il donne une courte analyse. Il expose avec une admirable lucidité , en quelques pages , les découvertes , les vues profondes, les aperçus qui devaient, au dire de Bacon,