‹ Vie de Frédéric OzanamChapitre 155 sur 313 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Aussi ce différend, qui n'avait d'abord été qu'une querelle individuelle, prit-il bientôt les proportions d'une persécution ouverte entre l'un des princes les plus puissants et les plus redoutés de son époque, et la société chrétienne tout entière, qu'il osa attaquer en la personne même de son chef suprême, le pape Alexandre III.

Nous n'entrerons pas avec l'auteur dans les détails de cette lutte à outrance ; nous ne ferons pas ressortir l'humilité profonde, le courage, l'énergie héroïque et l'ardent amour pour Jésus-Christ que déploya le saint archevêque de Cantorbéry pendant les sept années que dura son exil. Souvent il fut abandonné par tous les puissants personnages qui semblaient devoir le protéger contre la persécution dont il était victime. Dieu seul -et son vicaire sur la terre étaient alors ses uniques soutiens.

Ce fut pendant cette terrible épreuve que se montra dans tout son éclat la beauté de ce grand et sublime caractère. Il sut, en effet, supporter avec une résignation et une constance admirables les déceptions les plus amères ; et jamais sa profonde humilité, son inaltérable patience ni son inébranlable fermeté ne se démentirent un seul instant.

Il se prépara ainsi au martyre. Il s'y attendait dès le jour où il fut forcé d'accepter la charge pastorale. Mais lorsqu'il eut fait sa paix avec Henri II , et qu'il retourna dans sa patrie, il n'eut plus aucun doute sur le sort qui lui était réservé. Il dit à ses amis en partant : « Je vais mourir en Angleterre. » Peu de temps après, en effet, la tempête s'éleva plus furieuse que jamais. Le

jour même où il devait donner sa vie pour sauver les droits de l'Église , il aurait pu fuir, et tous ses clercs l'y exhortaient avec larmes; mais il s'y refusa avec un invincible courage. Quatre conjurés, avec leurs hommes d'armes, frappèrent à coups redoublés les portes du monastère pour en forcer l'entrée, au moment où Thomas se rendait aux vêpres de la cathédrale. Le saint archevêque resta impassible et cont'nua à s'avancer lentement à travers les cloîtres, marchant, comme à l'ordinaire, le dernier de tous. Il était à peine arrivé aux marchés de l'autel que les conjurés parvinrent jusqu'à lui. Il s'écria alors : « Je reçois volontiers la mort, si dans l'effusion de mon sang l'Église peut trouver la paix et la liberté. » Il se mit à genoux, et proféra cette dernière prière : « Je recommande à Dieu , à la bienheureuse Marie, aux saints patrons de ce l;eu, et au bienheureux martyr saint Denis, mon âme et la cause de l'Église. » Alors trois coups d'épée s'abattirent sur lui et lui donnèrent la couronne du martyre, le 29 décembre 1171.

Ordinairement celui qui succombe sous les coups de son adversaire est réputé vaincu ; mais dans l'ordre surnaturel , tout est en opposition directe avec la sagesse humaine : c'est le faible qui triomphe du fort, c'est le dernier qui est mis au premier rang; et depuis que Jésus-Christ a vaincu le monde en mourant sur la croix, victime de ses ennemis, le sang des martyrs a toujours été regardé comme la preuve et le sceau de la victoire du droit sur la force brutale.

« Le sang de saint Thomas paya , en effet , la rançon de l'Église. L Eglise reconquit sa liberté. Son tombeau

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