CHAPITRE X
Ozanam encore étudiant en 1836. — Son zèle pour le salut de la jeunesse. — Son amour pour les pauvres.
Ozanam, en 1836, faisait encore à Paris une dernière année d'études. Il l'employa à préparer ses examens et sa thèse de docteur en droit; et pour faire diversion à ces travaux qui avaient pour lui peu d'attraits , il composait en même temps sa thèse de littérature pour obtenir le grade de docteur es lettres, auquel il aspirait depuis longtemps.
Quoiqu'il éprouvât pour les lettres une sorte de passion, il lui en coûtait tant néanmoins pour écrire, qu'il avouait lui-même avoir en elles des amies bien sévères, faisant payer fort cher leur familiarité, et qui ne pourraient jamais être pour lui un délassement. Il se reprochait le tort qu'elles avaient pu faire aux études du droit , pensant que s'il avait consacré exclusivement à ce travail les cinq années de son séjour à Paris, il aurait pu obtenir au barreau
un rang qu'il ne pouvait plus espérer d'atteindre. Mais il ne pouvait se décider à dire un éternel adieu à ses études littéraires, qui, malgré leurs épines, ne laissaient pas d'avoir pour lui un charme incomparable.
Pendant toute cette année , il ne cessa de porter un regard inquiet sur son avenir, sur la nécessité prochaine où il allait se trouver de prendre une position définitive. D'un côté, il lui paraissait bien dur de rester confiné dans l'étroite sphère du forum. D'autre part, il craignait, en continuant ses travaux littéraires, de causer bien des peines à son père , pour lequel il avait la plus tendre affection, et qui redoutait toujours que l'amour de son fils pour les lettres ne vînt tromper un jour les espérances qu'il avait conçues en le destinant au barreau. Cette alternative était pour son âme si délicate un sujet continuel des plus poignantes angoisses.
Il écrivait à l'un de ses amis intimes : « Tout en reconnaissant dans le passé de ma vie cette conduite providentielle que je ne me lasse pas d'admirer, je ne puis m'empêcher de jeter un regard défiant et un peu sombre sur l'avenir. Le moment de se choisir une destinée est un. moment solennel, et tout ce qui est solennel est triste. Je souffre de cette absence de vocation qui me fait voir la poussière et les pierres de toutes les routes de la vie, et les fleurs d'aucune. En particulier, celle dont je suis le plus près maintenant, celle du barreau, m'apparaît moins séduisante. J'ai causé avec quelques gens d'affaires; j'ai vu les misères auxquelles il faudrait se résigner pour obtenir d'être