‹ Vie de Frédéric OzanamChapitre 159 sur 313 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

de son âme : « C'est à nous, catholiques, de ranimer la chaleur vitale qui s'éteint, c'est à nous de recommencer l'ère des martyrs ; c'est chose possible à tous les chrétiens ; être martyr, c'est donner sa vie pour Dieu et pour ses frères, c'est donner sa vie en sacrifice ; que le sacrifice soit consommé tout d'un coup comme l'holocauste, ou qu'il s'accomplisse lentement, et qu'il fume nuit et jour comme les parfums sur l'autel. Être martyr, c'est donner au Ciel tout ce qu'on a reçu : son or, son sang-, son âme tout entière. Cette offrande est entre nos mains, ce sacrifice nous pouvons le faire; c'est à nous de choisir à quels autels il nous plaira de le porter , à quels autels nous irons consacrer notre jeunesse et les temps qui la suivront, à quel temple nous nous donnerons rendez-vous : au pied de l'idole de l'égoïsme, ou au sanctuaire de Dieu ou de l'humanité. » Puis, après avoir comparé 1 humanité de nos jours au voyageur qui se rendait de Jérusalem à Jéricho , et qui avait été blessé et dépouillé par les voleurs, il s'écrie : « A notre tour, faibles Samaritains, profanes et g-ens de peu de foi que nous sommes, osons cependant aborder ce grand malade , peut-être ne s'effrayera-t-il pas de nous ; essayons de sonder ses plaies et d'y verser de l'huile ; faisons retentir à son oreille des paroles de consolation et de paix. Et puis, quand ses yeux seront dessillés, nous le remettrons entre les mains de ceux que Dieu a constitués les gardiens et les médecins des âmes; qui sont aussi, en quelque sorte , nos hôteliers dans le pèlerinage d'ici-bas , puisqu'ils donnent à nos esprits errants et affamés la parole sainte pour nourriture et l'espérance d'un monde meilleur pour abri. Yoilà ce qui nous est proposé, voilà

la vocation sublime que la Providence nous a faite !. » La charité si expansive d'Ozanam ne se consumait pas pourtant en phrases sonores et stériles. Ce qu'il disait aux autres, il se le disait à lui-même ; il faisait plus, il le mettait en pratique.

Parmi les œuvres qu'il regardait comme l'aliment nécessaire de sa charité , celle qui avait ses préférences était la visite des pauvres. Elle était à la portée de tous, elle devint la source de presque toutes les autres œuvres, si variées pourtant, qu'entreprit dans la suite la société de Saint- Yincent-de-Paul , telles que celles des apprentis, du vestiaire, des loyers, des bibliothèques, des fourneaux, etc.. Aussi ce fut celle à laquelle se livrèrent tout d'abord les membres de la Société, comme nous l'avons dit au chapitre VI.

Ozanam y voyait d'immenses avantages pour les pauvres et pour leurs visiteurs. Pour les pauvres, car les riches, ou du moins ceux qui étaient dans l'aisance, se rapprochaient ainsi des indigents et de ceux qui étaient dans la misère. C'était à ses yeux le moyen le plus efficace de conjurer la lutte toujours menaçante entre la puissance de l'or et la puissance du désespoir. Il pensait qu'étant jeunes encore, et d'une condition médiocre, le rôle de médiateurs leur serait plus facile. En allant s'asseoir de temps en temps au triste foyer de la misère , en prenant part aux peines et aux chagrins qui en sont l'inséparable cortège, en ajoutant à quelques bonnes paroles de consolation un secours pour les besoins les plus pressants , on pouvait espérer, en effet , de voir s'apaiser

i Lettres, t. I, p. 144, 2e édit.

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