‹ Vie de Frédéric OzanamChapitre 165 sur 313 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

l'instruction publique, qui alors était M. Cousin. Celuici , pendant tous les débats de cette affaire , avait proposé à Frédéric une chaire de philosophie à Orléans. Cette perspective souriait sans doute beaucoup au futur professeur, parce qu'elle lui promettait une carrière exclusivement intellectuelle et paisible; mais dans le triste état où se trouvait notre mère , il ne pouvait pas l'abandonner. Il opta donc pour la chaire de droit commercial.

Voici la lettre que M. Cousin lui répondit à cette occasion :

« 6 juillet 1839.

« Mon cher Ozanam , je ne vous ai pas répondu , tant que je n'avais rien de net à vous dire. Aujourd'hui je viens vous annoncer que, dans le conseil d'hier, il a été arrêté que vous seriez nommé à la chaire de droit commercial. J'aurais bien mieux aimé vous voir dans mon régiment, mais je n'en désespère pas, et, en tout cas, je suis sûr qu'avec moi , ou sans moi, vous servirez toujours la vraie philosophie. Ne m'oubliez pas trop ; car vous êtes sûr de trouver toujours en moi... un ami. »

11 fallut deux ans pour parvenir à cet heureux résultat ; et encore est-il probable que ce succès se serait fait attendre bien plus longtemps , sans les ardentes prières que notre bonne mère adressait tous les jours à Dieu pour la réussite de cette affaire. Il n'est même pas de sacrifice auquel elle n'eût consenti pour être exaucée; il lui semblait que sa guérison en dépendait. Elle

nous aimait tellement qu'elle oubliait toutes ses douleurs pour ne se préoccuper que de ce qui nous intéressait.

Cependant, au milieu de tant de sollicitudes, Ozanam ne restait pas oisif. Les membres du conseil de la Propagation de la foi, voulant donner un nouvel élan à cette œuvre si belle et si imposante , le prièrent de se charger de la rédaction des Annales. Ils comptaient avec raison sur sa piété, sur son talent pour relever cette revue, et faire mieux apprécier les services immenses que rend aux missions étrangères cette œuvre éminemment catholique ; . un certain nombre d'articles furent très-remarques ; entre autres , un compte rendu des recettes et des dépenses, malgré l'aridité du sujet, et une notice sur l'établissement de la propagation de la foi que l'on trouve dans ses œuvres complètes '. »

Il continua cette rédaction des Annales pendant plusieurs années , et ne l'abandonna que lorsque de nouvelles et graves occupations vinrent mettre des bornes à son dévouement, en l'arrachant à Lyon pour le conduire à Paris , d'où il envoya pourtant encore quelques articles.

Au reste , ce travail n'était qu'un faible accessoire de ceux qui se disputaient son temps. Une fois les affaires de la famille réglée , Ozanam , malgré toutes ses répugnances, ne tarda pas à se faire inscrire au tableau des avocats du barreau de Lyon. Bientôt, selon l'usage, comme un débutant , il fut chargé d'office de la défense

1 T. VIII, 2e vol. des Mélanges, p. 23.

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