CHAPITRE XI
science de l'expression; philosophie comme doctrine de fond; origine de notre langue, ses oscillations au xvc siècle, ses sources dans les idiomes grec, latin, germanique, et jusqu'aux racines émanées des langues orientales; tout fut exploité par le candidat avec une surabondance et surtout avec une verve incomparables. Le vieux professeur aux abois s'arrêta , forcé de ne plus revendiquer autre chose que le respect dû aux cheveux blancs.
D'autre part, l'argumentation sur le Dante eut un tel succès, que M. Cousin intervint en s'écriant avec enthousiasme : Monsieur Ozanam, il est impossible d'être plus éloquent que vous. Ces paroles, qui exprimaient si bien l'admiration de tous les auditeurs, furent couvertes des applaudissements unanimes de l'assemblée. Jamais thèse ne fut passée d'une manière plus brillante.
Mais ces merveilleux succès ne pouvaient faire oublier à Ozanam que sa mère soupirait après son prompt retour ; aussi ne tarda-t-il pas à revenir à Lyon, heureux de pouvoir réjouir notre bonne mère par la nouvelle de ses triomphes littéraires ; puis il reprit en toute humilité ses modestes occupations.
Cependant, quoique surchargé de travail, son amour des belles -lettres lui faisait oublier ses fatigues, pour se livrer à la composition de plusieurs articles d'une certaine importance adressés à différentes revues. Nous nous contenterons d'en indiquer quelques-uns qu'on retrouve dans ses œuvres complètes, septième et huitième volume , intitulés Mélanges : Droit public. — Des biens de l'Église, 1837. — Origines du
droit français cherchées dans les symboles et formules du droit universel. — Critique de l'ouvrage de Michelet, 1837. — Du protestantisme dans ses rapports avec la liberté, 1838, etc.
Ce n'est pourtant pas encore tout ; à ces incroyables travaux il faut encore joindre ceux qu'imposait à Ozanam son dévouement sans bornes pour sa chère société de Saint -Yincent- de -Paul. Il était encore étudiant en droit à Paris, lorsqu'on établit à Lyon une des premières conférences de province. A peine était-il revenu se fixer en cette ville, qu'il fut nommé à l'unanimité président général des conférences déjà fondées, et de celles qui ne devaient pas tarder à en augmenter le nombre. Il ne s'agissait point pour lui d'un simple titre honorifique et d'une sinécure. En effet, ce ne fut pas sans peine que la société de Saint -Yincent- de-Paul put obtenir à Lyon le droit de cité, nous en avons été nous -même témoin. Voici ce qu'en écrivait Frédéric à l'un de ses plus intimes amis : « Il n'est pas possible de se faire illusion, la Société a rencontré des défiances partout. Si à Lyon elle n'a jamais encouru le blâme de l'autorité ecclésiastique , si même quelques prêtres vénérables l'ont encouragée, elle n'a pas cessé d'être l'objet des vexations de beaucoup de laïques : gros bonnets de l'orthodoxie ; Pères de concile en frac et en pantalons à sous-pieds ; docteurs qui prononcent entre la lecture du journal et les discussions du comptoir, entre la poire et le fromage ; gens pour qui les nouveaux venus sont toujours les mal venus, pour qui tout ce qui arrive de Paris est présumé pervers; qui font de leur opinion politique