chapitre xi
un treizième article du symbole ; qui s'approprient les œuvres de charité comme leur chose, et disent modestement en se mettant à la place de Notre -Seigneur : « Quiconque n'est pas avec nous est contre nous. » Vous ne sauriez croire les mesquineries, les vilenies, les arguties, les minuties, les avanies dont ces gens-là, avec la meilleure foi du monde, ont usé contre nous. Les plus estimables ont été entraînés par la foule, et nous avons du souffrir beaucoup de ceux mêmes qui nous aimaient ! Au reste , nous n'avons pas à nous plaindre, quand nous avons affaire à un monde où M. Lacordaire est anathématisé , M. de Ravignan déclaré inintelligible, et l'abbé Cœur suspect.
« Chaurand et moi , comme principaux fondateurs et directeurs de l'œuvre, nous avons été constamment sur la brèche , et ce rôle nous fatigue beaucoup ; il en reste toujours un peu d'aigreur dans l'esprit, et la charité souffre des conversations qu'on est obligé d'avoir à ce sujet. D'un autre côté , il y a une responsabilité attachée à nos charges , si modestes qu'elles soient ; les fautes que l'on commet sont doublement graves lorsqu'elles peuvent retomber sur les œuvres qu'on dirige. Les chefs des associations pieuses devraient être des saints pour attirer sur elles les grâces de Dieu. Souvent je me demande comment j'ose bien, moi si faible et si mauvais, demeurer le représentant d'un si grand nombre de bons jeunes gens. C'est pourquoi j'aspire à l'époque où il me sera possible de me décharger de la présidence. Si Letaillandier vient ici, nous le porterons à l'unanimité ; car il y a, et c'est peut être le
seul bien positif que nous ayons fait, un attachement extrême des membres lyonnais à leurs amis, même inconnu?, , de Paris { . »
A ces sollicitudes pour les conférences lyonnaises, il faut encore ajouter celles qui le préoccupaient pour l'organisation générale et pour le développement de la société de Saint-Vincent-de-Paul. Aussi dans la plupart de ses lettres est-il question de cette charitable association. On y voit qu'il écrivait souvent aux membres les plus influents pour leur communiquer ses idées et les moyens qu'il croyait les plus propres à entretenir l'union, l'activité et la vie dans -les conférences multipliées et dispersées. Il n'épargnait ni sollicitude ni fatigue pour inspirer à la direction générale de la Société l'esprit primitif des fondateurs et surtout celui de leur saint patron saint Yincent de Paul, dont il s'efforçait de se pénétrer lui-même. Nous pourrions, à l'appui de notre affirmation, invoquer le témoignage de plusieurs de ses lettres ; nous nous bornerons à citer les passages suivants de l'une d'entre elles. « Notre petite société de Saint -Vincent - de - Paul est devenue assez considérable pour être regardée comme un fait providentiel , et ce n'est pas sans quelque raison que vous y occupez une place qui a de l'importance. Ne vous y trompez pas, secrétaire général, vous êtes, après M. Bailly, l'âme de la Société ; c'est de vous que dépend l'union des diverses conférences, et de l'union, la vigueur et la durée. Voyez donc que de grands devoirs vous sont imposés, et l'activité est le premier de tous.
i Lettres, t. I, p. 288.