CHAPITRE XII
Ozanam perd sa nièro; ses inquiétudes sur sa vocation. — Son cours de droit commercial. — Son concours pour l'agrégation à une chairo de littérature à la Sorbonne.
Vers ]e milieu de l'année 1839, Ozanam fut encore obligé d'aller passer quelques jours à Paris pour l'entier achèvement de ses affaires ; il y dut rester jusqu'au 1 1 du mois d'août.
Le jour même qui fut celui de son départ de la capitale, notre mère prenait une crise qui la forçait à se mettre au lit , et quand Frédéric arriva , la veille de l'Assomption , ce fut pour la trouver souffrant d'excessives douleurs, atteinte d'une fièvre ardente, donnant enGn de vives appréhensions. De notre côté, nous venions de terminer à Autun une retraite que nous donnions à Saint-Andoche aux sœurs du Saint-Sacrement , lorsque , sur un avis des plus alarmants du médecin, nous partîmes aussitôt en poste, voyageant toute la nuit dans une anxiété inexprimable, craignant sans cesse d'arriver trop tard. Pour le grand jour
de l'Assomption, les trois frères se trouvaient réunis au chevet de leur mère mourante; car notre frère Charles, revenu de sa pension, entrait en vacances. Hélas! ce jour autrefois si joyeux , parce qu'il était celui de la fête de notre excellente mère, n'était plus rempli pour nous que de menaces funèbres. Quel désolant rapprochement !
Toutefois , pendant quelque temps, une amélioration survenue dans l'état de notre chère malade sembla nous laisser un peu d'espoir; mais espoir trompeur! deux mois après nous étions orphelins l.
La perte de notre mère plongea Ozanam dans une angoisse inexprimable; pour en avoir une idée, il faudrait lire les lettres LXe et LXP qu'il écrivait à ce sujet à deux de ses meilleurs amis. Nous nous permettrons d'en détacher un seul passage qui pourra faire juger de la désolation de son âme. « C'était elle, disait-il, dont les premiers enseignements m'avaient donné la foi ; elle qui était pour moi comme une image vivante de 'a sainte Église, notre mère aussi ; elle qui me semblait la plus parfaite expression de la Providence ; aussi je crois me sentir à peu près comme les disciples devaient être après l'ascension du Sauveur, je suis comme si la Divinité s'était retirée d'auprès de moi. Il me semble par moments , vous l'avouerai-je , que la foi m'échappe avec celle qui en fut pour moi l'interprète, et que je demeure seul dans mon néant. Oh! demandez pour moi au Seigneur qu'il m'envoie, comme à ses disciples, orphelins aussi, l'Esprit qui console, le Paraclet! Je
1 14 octobre 1839.