‹ Vie de Frédéric OzanamChapitre 172 sur 313 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

voudrais seulement obtenir la force nécessaire pour achever mon pèlerinage de quelques années, peut-rtre quelques jours, et pour finir enfin comme a fini ma mère *. »

Au moment de choisir un état, voyant ses parents jeunes encore, il avait accepté, pour leur complaire, la profession du barreau, malgré toutes ses répugnances. A peine avait-il pris tous ses grades, que son père lui manqua et ne put jouir de ses sacrifices. Il tente alors une nouvelle carrière pour concilier les exigences pécuniaires de sa position avec les soins de sa mère qu'il ne pouvait pas quitter ; et lorsque, après deux ans, il obtient sa nomination de professeur de droit commercial, et qu'il se dispose à s'acquitter de ses nouvelles fonctions, sa mère ne profitera pas de ce qui a été fait pour elle. Ce double et sévère désappointement renversa tous ses desseins, et le jeta, à l'égard de sa vocation, dans les incertitudes les plus douloureuses.

Ozanam cependant n'avait pas attendu jusque-là pour se préoccuper de son avenir, et pour chercher à connaître les desseins de Dieu sur lui. Il parle souvent dans ses lettres de ses incertitudes à ce sujet. Il avait recours à la prière; il consultait la volonté de ses parents, et étudiait attentivement les événements et les diverses circonstances qui entouraient sa vie. L élévation de ses pensées et l'innocence de son cœur faisaient briller à ses yeux l'éclat céleste de la virginité. 11 n'admettait pas que les filles d'Eve eussent seules le monopole de cette angélique vertu , et il alléguait , à l'appui de son opi-

i Lettres, t. I, p. 245.

nion, les exemples de Notre-Seigneur et du disciple que Jésus aimait. Puis il recommandait la lecture de la doctrine de saint Paul à ce sujet. « N'est-ce pas, disait-il, la plus belle fleur qui soit cultivée dans le jardin de l'Église? Ne serait -on pas heureux de l'emporter au ciel? » Il regardait le mariage comme un égoïsme à deux, dont tout le zèle et l'activité se bornent en général au cercle étroit de la famille. Son âme, dont les aspirations étaient si élevées, si larges et si généreuses, s'indignait presque en pensant que l'homme abdique beaucoup de sa dignité et de sa liberté d'action, le jour où il s'enchaîne au bras de sa femme. Il était loin cependant de faire de ces principes une loi universelle. Il savait trop bien que le Saint-Esprit souffle où il veut, et que tous ne sont pas appelés à l'état le plus parfait. Mais lui , en particulier, n'y était-il pas appelé? telle était la grande question qui le préoccupait.

L'abbé Lacordaire, qui était un ami d'Ozanam, venait d'abandonner les brillantes conférences qu'il donnait à Notre-Dame de Paris, pour entrer au noviciat des pères dominicains à la Quercia, en Italie. Son but était de rétablir en France l'ordre célèbre de Saint-Dominique. Il écrivit plusieurs lettres à Frédéric, et ne lui cachait pas qu'il éprouverait une joie bien vive s'il pouvait un jour l'appeler mon frère et mon père.

Ces bonnes paroles ne pouvaient tomber sur une terre mieux préparée à les recevoir. Aussi Ozanam s'empressa-t-il de lui demander des prières pour obtenir la grâce de connaître sa vocation et de l'arracher à ses incertitudes, qui le rendaient, malheureux à l'excès. 11 alla même jusqu'à le prier de lui faire connaître les

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