‹ Vie de Frédéric OzanamChapitre 174 sur 313 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

lettres au professeur. Ces succès étaient dus aux soins que mettait Ozanam à vivifier l'enseignement de la lettre des codes par leur esprit , par des considérations historiques et économiques. Son ascendant sur son auditoire était tel,, que c'était merveille de voir un jeune homme de vingt-six ans inspirant à des négociants, bien plus âgés que lui pour la plupart, l'amour et le respect de leur profession , et par conséquent l'observance des devoirs qu'elle impose , et obtenant leurs applaudissements, malgré les vérités quelquefois sévères qu'il se croyait obligé de leur adresser.

A ce travail si considérable déjà vint s'ajouter encore celui de composer un livre avec sa thèse sur le Dante; il l'intitula : Dante et la philosophie catholique au xme siècle '. Il s'occupa donc de retoucher certains passages qui avaient subi des critiques raisonnables. Plusieurs fragments de saint Bonaventure et de saint Thomas furent traduits pour contribuer à détruire le préjugé de l'obscurantisme et du servilisme catholiques ; il reproduisit en français six chapitres des œuvres philosophiques de Dante qui jusqu'alors n'avaient pas encore paru dans notre langue ; enfin le jeune auteur ajouta des notes, des éclaircissements, et une dissertation sur les antécédents poétiques de la Divine Comédie.

Les seules distractions et le seul repos que se permettait Ozanam, c'était la visite de ses pauvres, les réunions delà société de Saint-Vincent-de-Paul, sa correspondance avec ses amis , et quelques réunions cordiales auxquelles le conviaient ses parents et ses con-

1 Œuvres complètes d 'Ozanam , t. VI.

naissances qui cherchaient à l'arracher à sa solitude et à sa profonde tristesse. Encore trouvait-il que les repas et les soirées, quoique passées dans un cercle étroit de sociétés intimes, lui enlevaient bien des heures de travail, et ne lui permettaient pas même de se recueillir aussi sérieusement que de coutume, quand il était rentré dans le silence du cabinet.

Parmi ces fêtes, nous en citerons une qui inspira à Ozanam quelques vers dont les pensées sont si délicates, si chastes et si pieuses que nous ne résistons pas au plaisir de les faire connaître à nos lecteurs. Il s'agissait du mariage de l'un de ses meilleurs amis. Ces noces étaient célébrées entre deux familles respectables et vraiment chrétiennes. Rien de la tumultueuse joie d'une fête mondaine, pas de danses; des vers, delà musique, des conversations animées, des larmes d'émotion, et comme un souvenir d'Jsaac et de Tobie, comme une image de Cana. Tel était le fond du tableau sur lequel allait apparaître la suave et céleste allégorie du jeune poète :

Les deux Anges gardiens.

C'était fête, le ciel se couronnait de gloire :

A genoux, et voilés de leurs ailes d'ivoire,

Deux anges se tenaient en présence de Dieu,

Et leur voix s'éleva seule dans le saint lieu :

« Seigneur, vous le savez, dans ce chœur angélique

« Qui répète à vos pieds un éternel cantique,

« Une sainte amitié nous rapprocha d'abord.

« Vous aimiez de nos voix l'indivisible accord,

« Toujours nous partagions les mêmes ministères,

« Et longtemps, sous vos yeux, nous vécûmes en frères ;

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