‹ Vie de Frédéric OzanamChapitre 183 sur 313 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

de chapelles et de petites villes admirablement conservés; Rheinfeld, Saint-Goar, Oberwesel, Bacharach; l'enceinte de murs crénelés , les tours et les portes sur la rivière, le donjon sur le tertre voisin, la grande église collégiale ou paroissiale, tantôt romane, tantôt gothique ; les calvaires , les saints sépulcres ; rien ne rappellerait les ravages du rationalisme moderne, sans les couvents sécularisés qu'on rencontre, et sur le frontispice desquels l'ignoble enseigne d'une auberge a remplacé le signe sacré du salut 1. »

Dans sa course rapide , Ozanam avait à peine le temps de saluer ces intéressantes apparitions du passé ; mais il s'efforçait, dans sa promenade solitaire, d'emporter du moins par la pensée ce que ses regards abandonnaient; aussi revint-il l'imagination enrichie des plus merveilleux tableaux.

Nous attendions son retour avec une impatience égale au moins à celle qu'il avait de nous revoir, et de nous dire, non pas les impressions d'un voyage qui n'était à ses yeux qu'un épisode, mais surtout celles que lui avaient fait éprouver son concours et son triomphe. Sa profonde humilité , sa défiance de lui-même , sa droiture pleine de simplicité, lui faisaient attribuer ses succès , comme nous l'avons dit , à une protection spéciale delà Providence; mais il ajoutait, dans un épanchement tout fraternel : « J'avais pris à la lettre la parole de M. Cousin, et je pensais qu'en aucun cas je ne pouvais avoir quelque chance d'être nommé. Ce fut un bonheur pour moi de me trouver dans cette situation

1 Extrait do la lettre LXXI, t. I, p. 400 et suiv.

d'esprit; convaincu que je n'avais rien à risquer, j'ai parlé avec plus de hardiesse, j'ai émis mes opinions religieuses plus carrément, ce qui a donné, au dire même de mes juges, quelque chose de fort original à la manière dont j'ai traité les sujets qui me sont échus par la voie du sort. C'est à ces circonstances particulières que je dois en grande partie l'heureux résultat de mon concours. »

Ozanam allait atteindre l'époque qu'il s'était fixée pour décider sa vocation. Il avait adressé à Dieu de ferventes prières pour la connaître; il avait observé avec soin les événements de l'année qui venait de s'écouler, et la conduite de la Providence à son égard. Or, il était advenu que les diverses démarches qu'il avait faites pour parvenir à sa nomination de professeur de droit commercial avaient aussi établi des rapports assez fréquents entre lui et M. Soulacroix, recteur alors de l'académie de Lyon. Frédéric fut ravi de la bonté avec laquelle il en fut accueilli. Ils s'estimèrent bientôt mutuellement; de l'estime ils passèrent à la sympathie et même à l'affection.

M. Soulacroix était un de ces hommes rares, surtout à cette époque , qui , pleins de droiture et de franchise, ne sont jamais plus heureux que lorsqu'ils peuvent rendre quelque service. Il ne craignait pas de montrer ouvertement ses sentiments religieux en accordant sa protection aux frères et aux sœurs des écoles primaires, malgré l'espèce de persécution occulte que le ministère de l'instruction publique avait insinué d'exercer à leur égard.

M. Soulacroix avait une jeune fille qu'il avait élevée

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