‹ Vie de Frédéric OzanamChapitre 19 sur 313 · CHAPITRE I y · texte numérisé non relu

CHAPITRE I y

de sa maison paternelle. Le premier étage, selon l'usage ancien, surplombait le rez-de-chaussée, ce qui lui donnait un caractère respectable et un aspect d'antiquité.

On a supprimé aujourd'hui cette saillie, pour satisfaire aux lois de l'alignement. Cette maison a, en effet, sa façade sur une route départementale. On connaît dans le pays la série des propriétaires qui s'y sont succédé. Les anciens de l'endroit en conservent la tradition et font remonter sa possession jusqu'au père d'Ozanam, dont le nom est encore très connu et presque populaire à Bouligneux. M. Pingeon en est le propriétaire actuel. Cette habitation n'est plus maintenant qu'une masure construite moitié en bois, moitié en briques; elle est mal entretenue et dégradée. L'arête des toits, qui sont en tuiles couvertes de mousse, s'éloigne singulièrement de la ligne droite, comme nous nous en sommes assuré nous-même en prenant sur place les renseignements que nous venons de consigner ici.

Cependant Ozanam, dès son retour à Paris, parvint à se défaire de sa passion du jeu ; il s'appliqua désormais exclusivement aux mathématiques, qui devinrent son unique moyen d'existence.

Fontenelle , secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences, dans l'éloge assez détaillé qu'il prononça sur Jacques Ozanam , lui donne lui-même la qualification de célèbre mathématicien* . Parmi les divers documents que nous y avons recueillis pour retracer la vie

1 OEuvres de Fontenelle, édition de 1742. Fontenelle était aussi mathématicien, ce qui donne plus de poids à son jugement. Il composa la préface de l'Analyse des infiniment petits de l'Hôpital, et donna

l.i Géométrie de l'infini, en 1727.

du grand-oncle de Frédéric Ozanam, il est une anecdote d'autant plus précieuse qu'elle nous fournit la preuve de l'admirable pureté de ses mœurs : il était jeune, assez bien fait et d'un caractère très gai , quoique mathématicien, comme il est facile de s'en convaincre en lisant ses ouvrages, surtout ses récréations mathématiques, où il sait mêler aux questions les plus abstraites les problèmes les plus divertissants proposés dans un style fin et enjoué. Si nous rapprochons encore de ces qualités ou de ces dispositions le fonds de droiture et de simplicité qui le distinguait , il est évident qu'il n'en fallait pas tant, à Paris surtout, pour qu'on tendit des pièges à sa vertu.

Une femme qui logeait dans la même maison que lui se faisait passer pour une personne de distinction ; elle entreprit de le séduire par ses artifices. Mais le pieux jeune homme ne s'y laissa pas prendre. « Vous avez besoin d'argent, » lui dit- il résolument; elle en convint, et il en fut quitte pour quelques pièces d'or qu'il lui donna par charité. Cet événement toutefois lui donna à réfléchir ; il se défiait de sa faiblesse, malgré sa victoire. Il résolut donc, pour se mettre à l'abri de semblables tentations, de s'engager dans les liens du mariage. Son choix fut digne de la foi et du noble désintéressement qui lui avaient toujours servi jusqu'alors de règle dans sa conduite. Il épousa une femme bien élevée, mais presque entièrement dépourvue des biens de la fortune. Elle l'avait profondément touché par sa douceur, sa modestie et sa vertu. Aussi Dieu bénit-il cette -union contractée avec des intentions si droites et si pures. Ses études profondes, ses occupa-

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