‹ Vie de Frédéric OzanamChapitre 20 sur 313 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

tions multipliées ne l'empêchèrent point de goûter avec celle qui partageait sa destinée et avec ses enfants les joies simples et douces de la famille. Ce bonheur que Dieu réserve aux parents chrétiens, pour les consoler au milieu des vicissitudes et des peines de la vie, est, hélas ! bien rare aujourd'hui ; il ne se rencontre guère que dans les conditions les plus humbles de la société. Ceux qui appartiennent aux rangs plus élevés ne savent pas apprécier, dédaignent ou ignorent même ces innocentes jouissances. C'est la réflexion de Fontenelle luimême. « Ozanam eut jusqu'à douze enfants, dont la plupart moururent; il les regrettait comme s'il eût été riche, ou plutôt, ajoute l'illustre académicien, comme ne l'étant pas. Car ce sont les plus riches qui se tiennent le plus incommodés d'une nombreuse famille. »

Son rare mérite ne tarda pas à lui obtenir la chaire de mathématiques à l'Université, et ceUe de l'École militaire naissante. En temps de paix, les étrangers affluant à Paris, Ozanam avait un grand nombre d'élèves , et ses leçons de mathématiques lui fournissaient un assez joli revenu/ L'abondance régnait alors dans son modeste intérieur. Cette abondance toutefois était celle d'un homme qui sait se contenter de peu, et chez lequel tout est ordonné avec une sage économie. Lorsqu'il y avait la guerre, les recettes baissaient ; les Français ne venaient point combler les vides laissés par les étrangers absents. La préférence qu'il accordait habituellement à ces derniers avait probablement éloigné de lui ses propres concitoyens ; et lorsqu'un pli est pris, on le change difficilement.

D'ailleurs, dans tous les pays, en France surtout,

on apprécie toujours davantage ce qui vient du dehors ou qui n'a pas été produit par le sol que l'on habite. Ce que l'on connaît moins semble avoir plus de charme , parce que l'imagination peut l'embellir à son gré. Alors il employait à composer des ouvrages les loisirs que lui donnait la guerre. Ce n'était pas un calcul d'intérêt, ni un moyen d'accroître ses ressources. Quel dédommagement aurait -il pu attendre d un livre de mathématiques, dont les éditions ne s'écoulent que lentement ? L'amour de la science, un esprit inventif et plein d'activité, des vues et des méthodes nouvelles qui venaient s'offrir à lui, en quelque sorte malgré lui, ne lui permettaient pas de rester en repos.

Il composait avec une extrême facilité , quoique sur des sujets souvent très ardus. Exposant les théorèmes les plus abstraits avec une incomparable lucidité, il avait le talent de simplifier les calculs les plus compliqués. Son premier jet ne demandait jamais de retouche ; « ses manuscrits étaient sans ratures ni corrections , et ses éditeurs se louaient fort de la netteté de son écriture. »

« Quelquefois il résolvait les problèmes les plus obscurs et les plus embarrassés en parcourant les rues pour vaquer à ses affaires. On dit même qu'il obtenait parfois de semblables solutions en dormant. Alors il se faisait apporter promptement à son réveil de quoi les écrire ; car la mémoire, ennemie presque irréconciliable du jugement, n'était pas, à ce qu'il paraît, en rapport avec les rares facultés dont la nature l'avait doué. »

Ozanam fit imprimer un assez grand nombre d'ouvrages qui eurent presque tous un remarquable succès ,

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