CHAPITRE XIV
du temple d'Apollon, et des débris de mosaïque du vu0 siècle. Plus tard, sous les princes normands s'élève la basilique actuelle avec sa façade gothique et ses nefs en ogives. Mais surtout j'y ai examiné avec le plus grand intérêt un oratoire situé derrière le chevet de l'édifice, et fondé par la famille des Minutoli. Là, au pied d'un autel couronné d'un dais richement sculpté , se trouvent les tombeaux de ces vieux patriciens, depuis Tan 1200 jusqu'à 1500 environ. Eux-mêmes sont peints sur le mur du pourtour, agenouillés, les uns avec les insignes de l'épiscopat, les autres sous leurs armures de chevaliers, tous les mains jointes et la figure pieuse. Au-dessus, et comme pour consoler ces images de la mort, un des vieux maîtres de l'école napolitaine a peint la passion du Sauveur. Le mérite artistique et historique de ce monument a été reconnu par le goût éclairé du cardinal-archevêque qui en fait poursuivre activement la restauration.
« Que cette Italie naissante du ixe au xui° siècle était belle ! quel énergique élan de foi , de courage , de génie ! En même temps que Naples secouait l'odieuse dépendance des empereurs grecs, toutes les petites cités éparses sur la côte imitaient cet exemple et rivalisaient de bravoure et d'activité. Alors de nombreux vaisseaux apportaient les richesses de l'Orient aux habitants d'Amalfî , république puissante, qui comptait parmi ses plus chères conquêtes le corps de l'apôtre saint André. Aujourd'hui nous l'avons vue solitaire et dépeuplée , suspendue à ses rochers pittoresques. Du haut du couvent des Capucins, sous la voûte d'une grotte immense, nous regardions à la lueur de la lune les flots jeter leur
blanche écume sur le rivage où jadis ils portaient tant de gloire et de trésors. A Salerne aussi, nous avons vénéré la tombe de Grégoire YII , qui vint y trouver un dernier abri , lorsque seul il combattait pour la liberté du christianisme et l'affranchissement de la patrie italienne.
« Malheureusement ces temps furent courts , et à dater de cette époque commencent les traces des invasions et les dominations étrangères qui se disputèrent les Deux- Siciles. C'est à Capri le château de l'empereur Frédéric Barberousse, rivalisant avec celui de Tibère; c'est auprès de la place du Marché, dans l'église de" Sainte- Croix , le billot sur lequel le dernier descendant de la dynastie allemande, Conradin, périt à seize ans, par les ordres de Charles d'Anjou, frère de saint Louis. Ce prince et ses successeurs ont élevé le Château-Neuf, dont les vieilles tours féodales dominent le port. Le palais de la reine Jeanne rappelle cette femme sanguinaire qui, meurtrière de son époux , perdit par ses crimes l'empire de la France en Italie. Alors commença l'ascendant de l'Espagne : d'opulentes fondations dans les monastères, des palais plus somptueux qu'élégants, les noms même de Médine et de Tolède, etc., donnés aux rues de la ville , rappellent la dynastie castillane. Elle devait pourtant finir un jour, et faire place à nos fleurs de lis, qu'on retrouve avec la famille des Bourbons sur le trône napolitain. Ces dernières vicissitudes de l'histoire, ce sceptre tour à tour balancé entre des peuples rivaux , ce déchirement du pays par les armes de l'étranger, sont autant de mystères qui ne s'expliquent pas encore. Mais ceux des époques antérieures se sont si complète-