‹ Vie de Frédéric OzanamChapitre 194 sur 313 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

ment dénoués , la Providence a si bien montré son doigt dans les destinées anciennes de cette contrée, qu'on peut être sûr de la reconnaître tôt ou tard dans ses révolutions modernes1. »

Le 9 octobre, Ozanam partait pour la Sicile. Nous le laisserons encore faire lui-même la relation de son voyage, écrit quelques jours à peine après son retour à Naples, sous l'influence des admirables spectacles qu'il venait de contempler ; on jugera mieux par là des fruits qu'il savait retirer des nombreuses pérégrinations qu'il entreprenait au profit de ses études historiques , philosophiques et littéraires :

« Ce qu'on disait, il y a vingt ans, des brigands de la Sicile, après avoir cessé d'être vrai, grâce à une sage organisation, a recommencé cette année. Partout, sur notre passage , c'étaient des récits de vols et d'assassinats qui effrayaient très sérieusement nos guides. Défense aux aubergistes de laisser partir les voyageurs avant le jour. De loin en loin des rassemblements de troupes pour intimider les bandits, et pourtant sans cesse de nouveaux crimes. Nous avons eu le bonheur d'échapper à tous ces périls, que nous croirions imaginaires, si les magistrats les plus graves ne nous en avaient assuré la réalité. La litière, véhicule souverainement incommode, les auberges où il pleuvait par le plancher, une nourriture détestable, tout ce qui pouvait nuire, ne nous a causé qu'une très passagère fatigue, dont cinq jours de repos nous ont parfaitement remis. EnGn, depuis quelque temps, des ouragans terribles régnent

1 Lettres, t. I , p. 430 , 2° édit.

dans ces parages ; des navires ont péri vendredi dernier dans le golfe même de Naples, et nous venons d'avoir la plus heureuse traversée.

« Les inconvénients nombreux que je viens de résumer, font qu'un voyage de Sicile ne saurait être une affaire d'agrément. Nous le savions d'avance, et s'il ne se fût agi que de santé et de plaisir, assurément jamais nous ne l'aurions entrepris. Mais il en est autrement si l'on se propose pour but l'étude d'abord , puis ensuite les hautes jouissances qui l'accompagnent. L'Italie, déflorée par les récits d'innombrables touristes, défigurée et corrompue par le contact des étrangers, dépouillée de beaucoup de ses monuments par les guerres dont elle a été le théâtre, et par le mauvais goût dont elle a été l'école , l'Italie ne saurait être étudiée complètement que dans cette île où se sont réfugiées ses vieilles mœurs, ses vieilles traditions, sa vieille langue. Là, les temples grecs sont debout, et couronnés de leurs beaux portiques, mieux qu'à Athènes et à Thèbes. Le génie des Doriens règne encore sur Agrigente, et quand on s'assied au milieu des ruines de Syracuse , on sent se remuer autour de soi toute l'histoire. Rome a marqué son empreinte aussi puissamment dans l'amphithéâtre de Catane qu'au Colisée. Le palais moresque de la Ziza éternise , comme Grenade et Cordoue , la gloire passagère des Arabes. C'est à Montréal, parmi les splendeurs de son admirable basilique, c'est là seulement qu'on peut concevoir l'éclat chevaleresque et la foi religieuse des Normands qui reconquirent ces contrées, puis tout l'art du moyen âge ; la peinture préludant par de gigantesques mosaïques à ses futures merveilles;

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