CHAPITRE XIV
cond rempart, les sépultures des grands citoyens et les temples des divinités. De ces derniers, huit existent encore; l'un, consacré peut-être au culte sacré de Cérès, est demeuré intact, aussi complet dans toutes ses parties que pouvaient l'exiger les observances liturgiques, aussi correct, aussi pur que pourrait le souhaiter l'art le plus sévère. Les lignes de sa façade se dessinent avec précision, la lumière se joue merveilleusement sous ses péristyles, et la seule chose que le temps y a faite, c'est la couleur chaude et dorée de la pierre qui achève de l'embellir.
« Auprès, un autre édifice, consacré à Junon, conserve trente colonnes encore droites sur un large et majestueux soubassement; puis, c'est le temple d'Hercule, dont le plan est à peine reconnaissable au milieu d'un monceau de ruines.
« A côté, le temple de Jupiter Olympien, le plus grand que l'architecture grecque eût jamais construit; il jonche le sol de ses colonnes et de ses pilastres abattus; les pâtres s'abritent dans la cavité des cannelures; et un géant de pierre qui semble avoir servi de cariatide couvre un espace de trente pieds. Ensuite vient le temple de Léda, et celui de Castor et Pollux, dont trois colonnes et une partie du fronton se maintiennent avec toute la fraîcheur d'un ouvrage d'hier, et avec une perfection de détails que les anciens connurent seuls. Enfin ceux de Minerve et de Proserpine sur les hauteurs occupées par la citadelle ; ceux de Vulcain et d'Esculape du côté de la plaine ; et une tour carrée du style le plus élégant, bâtie pour immortaliser un cheval vainqueur aux jeux du Cirque.
« Ainsi toutes les grandes inspirations du génie, et en même temps toutes ses folies ; tous les progrès de l'art, depuis l'austère nudité des premiers monuments, jusqu'à la parure quelquefois trop riche des derniers. Et quand l'admiration s'est épuisée devant ces prodiges, on apprend que le sol qui les porte , que le rocher où fut fondée Agrigente, où s'agitait une population de huit cent mille habitants, est entièrement vidé à l'intérieur par des excavations qui se croisent en tous sens, travail colossal et dont le but est encore ignoré, ville souterraine et ténébreuse, encore plus étonnante que celle qui se déployait si opulente à la face du soleil.
« Sur ces lieux, dont j'avais grand'peine à me détacher au bout de vingt -quatre heures, j'ai pris beaucoup de notes, et, rapprochées des souvenirs de Pœstum, elles donnent des idées exactes du système architectural des Grecs , si étroitement lié avec le caractère de leur religion et de leur poésie. Les ruine de Sélinunte et de Ségeste ont achevé pour moi ces études. A Sélinunte on peut dire les corps de trois grands temples étendus, avec tous leurs membres brisés, sur une colline solitaire. On y a trouvé une série de bas-reliefs qui , passant de la grossièreté la plus barbare jusqu'au mérite le plus achevé, présentent l'histoire entière de la sculpture. A Ségeste, ce sont encore un dernier temple dans un état de complète conservation , et un théâtre d'où règne la plus enchanteresse perspective.
« On ne finirait pas , si on se laissait aller à ses souvenirs ; et pourtant je ne vous ai rien dit du point de vue le plus intéressant de- ce voyage, de la Sicile chrétienne. Son histoire commence aux catacombes de Syra-