‹ Vie de Frédéric OzanamChapitre 198 sur 313 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

cuse, grandes comme celles de Rome et de Naples, où une église creusée dans le roc conserve encore la sépulture de saint Martin, premier évêque de l'île. Ensuite, de tous côtés ce sont d'antiques vierges peintes sur bois à fond d'or, avec des lettres grecques. Ce sont des couvents de l'ordre de Saint-Basile, où la liturgie de Constantinople est encore suivie; en un mot, de nombreux vestiges de l'Église d'Orient, lorsque, unie encore à la communion romaine, elle ne rivalisait que de science et de vertu. Viennent alors les Sarrasins , et leur tyrannie de deux siècles a laissé des monuments embellis de tout le luxe de l'architecture moresque. Mais un jour, au retour des croisades, une bande de chevaliers normands renverse l'empire des infidèles , et fonde une nouvelle monarchie qu'affermissent d'incroyables exploits. Les trophées de leurs victoires sont les basiliques élevées par leurs rois : épargnées par les ravages du temps, elles ont gardé toute l'originalité et toute la grandeur de leur caractère. La cathédrale de Montréal, et à Palerme la chapelle du palais, toutes deux resplendissantes de mosaïques, alliant la légèreté des ogives gothiques à la gravité des formes byzantines, sont les types d'un art qui ne se retrouve plus hors de là.

« Là aussi, un culte filial conserve, sans oser les altérer, ces legs précieux d'un autre âge. La vieille foi et les vieilles mœurs n'ont pas non plus abandonné les peuples : rien n'est plus célèbre que l'enthousiasme avec lequel sont honorées sainte Agathe, sainte Lu<ie, sainte Rosalie. Un soir, dans une jolie bourgade des bords de la mer, après que l'angélus avait sonné la clôture des

églises, nous avons vu les habitants aller en procession, aux portes fermées de chacune d'elles, saluer le saint Sacrement d'un dernier hommage. D'autres fois nous avons rencontré , à la table de quelque vénérable propriétaire, une hospitalité toute patriarcale; ou bien, à notre passage dans un hameau, descendus de la litière, on nous entourait, on nous entraînait dans de pauvres maisons , on nous mettait de petits enfants sur nos genoux, pour avoir une bonne parole et des caresses. Enfin dans les monastères nous avons vu des hommes éminents et excellents ; quelquefois une instructipn qui me confondait; toujours une politesse qui enchantait Amélie. Longtemps elle reparlera des capucins de Syracuse et des bénédictines de Catane1. »

Le 4 novembre, les jeunes époux étaient de retour à Naples après un voyage des plus heureux et des plus intéressants ; le lendemain ils partaient pour Rome ; ils ne purent y passer qu'une quinzaine de jours. Le devoir d'être à son poste pour ouvrir son cours ne permettait pas à Ozanam de séjourner plus longtemps, et cependant il lui eût fallu au moins dix jours de plus pour utiliser sa présence dans l'intérêt de ses études. Il aurait voulu établir dès relations avec un certain nombre de personnages dont les lumières pouvaient lui venir en aide. La bonté et la prévenance dont il fut l'objet de la part de ceux qu'il put visiter, lui firent regretter d'autant plus d'être forcé de brusquer son départ.

Il est vrai que l'activité de nos deux voyageurs sut

1 Lettres à M. et M°" Soulaa-oix , p. 438 et 443, 2e édit.

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