CHAPITRE XIV
bien profiter de ces trop courts instants Quoique , à ce moment de l'année, le souverain pontife ne donnât pas d'audience aux étrangers, Grégoire XVI les reçut. Il les dispensa du cérémonial ordinaire; il alla même jusqu'à les taire asseoir auprès de lui, ce qui est absolument contraire à l'étiquette ordinairement prescrite, et il leur dit avec une ineffable bonté : « Asseyez-vous, vous êtes mes enfants, je suis votre père; laissons de côté les cérémonies pour le moment, et causons un peu. » Frédéric lui offrit un exemplaire de son travail sur le Dante, et lui parla de ses recherches. Le Saint-Père, fort instruit, et parfaitement au courant de ce sujet, indiqua à notre frère, qui croyait avoir épuisé la matière , un ouvrage qui lui était inconnu , et où il pouvait encore trouver de nouveaux matériaux pour < ompléter son livre. Puis il étendit ses mains vénérées, et bénit les nouveaux époux et leur famille absente.
Ils reçurent aussi le patriarcal accueil du cardinal Pacca, dont le front octogénaire avait essuyé, sans jamais fléchir, toutes les tempêtes politiques et religieuses de la première république et du premier empire. Ils virent et entendirent encore l'illustre cardinal Mezzofanti , cet homme étonnant qui parlait presque toutes les langues connues. Mais surtout ce ne fut pas en vain qu'Ozanam s'agenouilla aux tombeaux des saints Apôtres, et qu'il pria devant la simple dalle qui couvre les restes de saint Pierre ; ce ne fut pas en vain qu'il descendit aux catacombes, comme dans les entrailles de Rome catholique. Si le voyage de Sicile est de quelque utilité pour faire connaître l'antiquité, le séjour de Rome l'est encore bien davantage pour
l'intelligence du christianisme. Frédéric sentit une nouvelle vie circuler dans sa pensée, et ses idées, un peu épuisées par les travaux de son cours, se ranimèrent et s'élargirent.
Le 23 novembre, nos voyageurs traversèrent Florence pour aller s'embarquer à Livourne. Le 28 ils touchaient à Marseille , et arrivaient bientôt à Lyon.