CHAPITRE XV
Ozanam s'installe à Paris , reprend son cours qu'il continue pendant le courant de l'année , en professant en même temps la rhétorique au collège Stanislas.
Ozanam ne séjourna que peu de jours à Lyon. Il avait hâte de s'établir à Paris avec celle qu'il regardait désormais comme son ange gardien , et qui devait soutenir son courage au milieu de ses perplexités sans cesse renaissantes; il était surtout pressé de recommencer son cours. Il avait loué un modeste appartement dans la rue de Grenelle-Saint-Germain. Le meuble le plus précieux du nouveau ménage était un beau piano choisi dans les ateliers du célèbre facteur Pleyel. Que de fois cet admirable instrument, résonnant avec un charme indicible sous des doigts habiles et délicats, parvint à dérider le frant habituellement soucieux de notre cher Frédéric ! 11 n'était pas musicien , mais il aimait la musique, et elle exerçait sur lui une profonde influence.
Pendant l'année 1842, Ozanam continua pour son
cours le même sujet qu'il n'avait, pour ainsi dire, qu'effleuré en 1841 ; c'est-à-dire qu'il traita encore des Nie belungen , puis de la poésie lyrique des Minnesinger, de la poésie didactique , allégorique , épique , dramatique, et de la décadence de la poésie. Les dernières leçons de cette année portèrent sur les prosateurs , c'està-dire les chroniqueurs, les publicistes et les philosophes scolastiques ; en un mot , le sujet de ses leçons pendant cette année, comme pendant la précédente , fut la littérature allemande aie moyen âge , l'histoire générale de la littérature allemande du xue au xve siècle, et l'étude spéciale des principaux ouvrages qu'elle a laissés.
Pendant cette année , il publia un assez long article sur les Niebelungen et sur la poésie épique, que l'on retrouve dans ses œuvres complètes *.
Il ne nous paraît pas suffisant, pour faire connaître le talent qu'Ozanam déployait dans son cours, de donner ici une sorte de table des matières qu'il étudiait avec ses disciples. Nous invoquerons donc, pour en avoir une idée plus complète, les appréciations qu'en ont laissées les deux hommes les plus capables d'en juger.
« Ceux qui n'ont pas entendu professer Ozanam , dit M. Ampère , ne connaissent pas ce qu'il y a de plus personnel dans son talent. Préparations laborieuses, recherches opiniâtres dans les textes , science accumulée avec de grands efforts , et puis improvisation brillante , parole entraînante et colorée , tel était l'enseignement d'Ozanam. Il est rare de réunir au même degré les deux
»T. VIII, p. 187.