CHAPITRE I
si l'on en juge par le nombre d'éditions qu'ils obtinrent, et par les commentaires dont ils furent l'objet, lorsqu'on les réimprima après sa mort.
Tous sont remarquables par la science profonde, l'originalité a\ec laquelle les matières sont présentées, la justesse, la clarté et la simplicité de ses raisonnements et de ses démonstrations. On voit que , passionné pour les mathématiques, il aurait voulu en donner le goût à tout le monde , et pouvoir les mettre à la portée de toutes les intelligences , d'autant plus que son amour enthousiaste pour cette science la lui faisait considérer comme nécessaire et même indispensable dans toutes les carrières libérales. Yoici, en effet, ce qu'il dit lui-même dans la préface de son Dictionnaire des mathématiques : « Où sont les arts et les sciences qui n'aient besoin d'emprunter le secours des mathématiques, ou pour agir, ou pour s'expliquer mille choses qui en dépendent, soit pour leurs opérations, soit pour leur intelligence? La jurisprudence a recours aux proportions, pour tenir la juste balance qui règle les intérêts , les droits , les prétentions et les différends de la vie civile, du commerce et des sociétés. Combien de fois est-elle obligée d'appeler la géométrie à ses jugements, pour diviser des terres litigieuses, pour régler les confins, et pour assigner les héritages dans les partages qui se font!
« N'est-ce point par l'art des combinaisons que la physique a découvert une infinité d'effets surprenants, et réduit à un petit nombre de principes sûrs, fixes, invariables, tant d'expériences qu'elle a faites et qu'elle fait encore tous les jours?
« La nouvelle philosophie ne considère-t-elle pas tous les animaux comme autant de machines par les rapports qu'ont la circulation du sang, les mouvements des nerfs, des muscles et des esprits , et les battements des artères, avec les ressorts mécaniques, l'équilibre des liqueurs, les vibrations des pendules, et les lignes droites, obliques et traversantes qui composent les plans des fibres dans la structure des chairs et dans leurs dispositions ? Ce qui a fait donner à certains muscles les noms de trapèze et de rhomboïde , noms barbares et énigmatiques pour ceux qui ne sont pas initiés dans les mystères de la géométrie.
« La connaissance de l'astronomie n'est- elle pas même nécessaire à un médecin pour les pronostics et pour donner aux malades des remèdes à propos? C'est sans doute ce qui a engagé tant d'habiles médecins à joindre aux lumières de la physique les lumières des mathématiques, dans lesquelles plusieurs ont excellé.
« Le divin Platon lui-même n'admettait personne dans son école qu'il ne sût la géométrie *. »
Dans ses récréations mathématiques, Ozanam raconte une anecdote qui vient encore justifier ses convictions sur la nécessité et l'importance de la science à laquelle il avait voué une sorte de culte. Il cite à ce sujet Hégésippus, qui rapporte, au IIIe livre de son récit sur la prise de Jérusalem , la mémorable histoire de Josèphe : «Celui-ci, dit-il, pour éviter la fureur des armes de Vespasien qui dirigeait les opérations de la guerre de Judée, s'était retiré dans une caverne profonde avec
1 Dictionnaire mathématique , p. 1.