‹ Vie de Frédéric OzanamChapitre 201 sur 313 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

mérites du professeur, le fond et la forme , le savoir et l'éloquence. Il préparait ses leçons comme un bénédictin, et les prononçait comme un orateur; double travail , dans lequel s'est usée une constitution ardente , et qui a fini par le briser. »

Nous joignons à ce jugement celui du P. Lacordaire sur les leçons d'Ozanam. « Ceux-là seuls qui ont dit leur àme devant un auditoire savent les tourments de la parole publique , tourments qui arrachaient à Cicéron ce cri plaintif : « Quel est l'orateur qui , au moment de parler, n'a « senti ses cheveux se raidir et ses extrémités se glacer? » Ozanam, plus qu'un autre, était sujet au mal de l'éloquence ; défiant dé lui-même, il se préparait à chacune de ses leçons avec une fatigue religieuse , amassant des matériaux sans nombre autour de sa pensée, les fécondant par ce regard prolongé de l'intelligence qui les met en ordre , et enfin leur donnant la vie dans ce colloque mystérieux de l'orateur qui se dit à lui-même ce qu'il dira demain, ce soir, tout à l'heure, à l'auditoire qui l'attend. Ainsi armé, tout pâle cependant, et défait, Ozanam montait à sa chaire. Il n'y avait rien de bien ferme et de bien accentué dans son début; sa phrase était laborieuse, son geste embarrassé, son regard mal sûr et craignant d'en rencontrer un autre; mais peu à peu, par l'entraînement que la parole se communique à elle-même, par cette victoire d'une conviction forte sur l'esprit qui s'en fait l'organe , on voyait de moment en moment la victoire grandir, et lorsque l'auditoire lui-même était sorti de ce premier et morne silence, si accablant pour l'homme qui doit le soulever, alors l'abîme rompait ses digues, et l'éloquence tombait à flots

sur une terre émue et féconde. Des applaudissements sincères répondaient à l'orateur, et , tout palpitant d'un bonheur acheté par huit jours de travail et par une heure de verve, il retournait chez lui retrouver la peine qui est la condition de tout service et l'instrument de toute gloire.

« Il n'est pas ordinaire qu'un homme érudit soit un homme éloquent. La patience nécessaire à l'investigation des livres et des antiquités s'allie mal au feu qui jaillit d'une pensée créatrice. . . Ozanam, par un don singulier, possédait à la fois l'éloquence et l'érudition. L'une lui était aussi naturelle que l'autre. Il pouvait toute une nuit veiller dans les régions abstraites d'une langue ensevelie ou d'une œuvre inconnue, et le lendemain écrire des vers , préparer un discours , s'échauffer solitairement dans la contemplation directe du vrai et du beau. Non seulement l'une et l'autre faculté lui appartenaient de naissance , mais l'une et l'autre étaient éminentes chez lui. Il était grand dans la poudre avec la pioche du mineur, et grand dans la lumière avec le simple regard de l'esprit. Cela lui donnait sa physionomie, mélange de solidité et d'enthousiasme jeune et ardent. »

Ce fut en cette année, 1842, qu'eut lieu pour la première fois la communion générale à Notre-Dame. Dès 1837, époque à laquelle le P. de Ravignan commença ses conférences, ce saint et savant religieux regardait la retraite comme devant en être le couronnement nécessaire. La prudence le fit attendre jusqu'en 1841 ; et cette année-là même, afin de ne point rendre l'œuvre ancienne responsable du succès incertain de l'œuvre

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