CHAPITRE XV
nisme d'avoir étouffé le développement légitime de l'humanité; car c'est l'Église , au contraire, qui sauva tout ce qu'il y avait de légitime dans l'héritage de la civilisation ancienne, le conservant par le travail, le purifiant par la sainteté, le fécondant par le génie, et le faisant passer dans nos mains pour qu'il s'accroisse.
Le commencement des recherches qu'il eut à faire pour éclairer le grand sujet qu'il avait choisi, et que les erreurs des Hegel, des Goethe et des Strauss avaient si profondément obscurci, ou même altéré, exigèrent de Frédéric les plus rudes travaux; aussi avouait-il luimême que ses études et ses efforts de l'année qui venait de s'écouler l'avaient singulièrement fatigué.
Ces excès de travail ne furent , hélas ! que trop multipliés ! Il fut toujours impossible de les modérer : « Prenez garde, lui disait M. Victor Leclerc dès la première année de son cours , modérez cette verve qui vous emporte. Soyez toujours un orateur, mais un orateur plus calme. Cette parole vive, émue, passionnée, qui éclate et retentit après de longues méditations , cet enthousiasme dont vous n'êtes pas le maître, et qui vous domine, inquiète pour vous vos amis ; songez à l'avenir; nous voulons que vous ne retranchiez rien de cet avenir qui vous est dû, nous le voulons pour vous et pour nous. »
Mais son cours n'était pas sa seule fatigue et ne suffisait pas à son zèle. De tous côtés on venait lui demander de prendre la parole dans les assemblées de charité ou des réunions d'ouvriers; jamais il ne refusait. Il présida plusieurs années une conférence littéraire. Sous
sa direction on y travaillait beaucoup, et bien des hommes de talent s'y formèrent .
Ozanam , après une année aussi laborieuse , alla prendre ses vacances et se reposer un peu en famille, à Oullins, près de Lyon, où son beau-père avait loué une maison de campagne.
A son retour à Paris, à la fin de 1841 , le P. Gratry, qui était alors directeur du collège Stanislas , lui proposa de joindre à sa chaire de la Sorbonne celle de professeur de rhétorique dans ce même collège. Ce cumul lui fut facilement accordé , parce qu'il n'était encore qu'agrégé et que suppléant.
C'était sans doute un grand surcroît de travail ; mais lorsqu'on est jeune, et que l'on se dévoué pour une épouse aimée, à laquelle on veut rendre la vie plus facile et plus agréable , rien ne coûte , et l'on ne doute jamais de ses forces.
Nous empruntons à l'un de ses meilleurs élèves, M. Caro, aujourd'hui académicien et professeur de philosophie à la Sorbonne , le témoignage qu'il rend à Ozanam sur son enseignement, sur ses rares qualités comme professeur :
«. Il avait le secret d'intéresser tout le monde aux choses de l'esprit. Les âmes les plus stériles et les plus glacées s'ouvraient aux impressions de sa parole, et sentaient naître je ne sais quelle curiosité nouvelle qui les étonnait elles-mêmes. Ces écoliers maussades et grossiers, ces béotiens de collège, qui sont le désespoir des professeurs et la honte d'une classe , ne restaient pas toujours isolés dans leur indifférence. Quelques-uns comprenaient, d'autres croyaient comprendre, ce qui