‹ Vie de Frédéric OzanamChapitre 205 sur 313 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

et l'on voyait que sa conscience, qui était d'une délicatesse extrême , se retranchait alors dans le respect de la règle , dans la sévérité du devoir, et aussi dans la gravité élevée de son enseignement. Parfois il cédait à nos innocentes provocations; quelque chose agissait alors en lui : soit le charme du beau soleil, dont il était amoureux comme un poète; soit l'influence d'un de ces rayons intérieurs qui, sortis du plus profond de l'âme, viennent s'épanouir à la surface; il fallait l'entendre alors. Que de jeunesse dans cet esprit déjà vieux par la science ! Quelle candeur dans la gaieté , et, par un étrange contraste, quelle finesse dans la plaisanterie! Candide et fin, c'était bien la manière d'être d'Ozanam , quand il s'égayait , et s'il y a une contradiction , nous la mettons à la charge de la nature , qui avait conservé à Ozanam la simplicité du cœur, au milieu des raffinements littéraires de l'esprit.

« Ingénu et bon , il ne faut pas s'étonner s'il était populaire parmi tous les jeunes gens réunis et groupés autour de lui ; je n'ai jamais Connu maître plus aimé. La jeunesse allait à lui par d'inévitables sympathies; et ces sympathies, des deux côtés, étaient fidèles. Par le progrès des années, ses anciens élèves devenaient presque tous ses amis. On ne se décidait pas à se passer de lui quand on l'avait connu '. »

Nous assistions, le 10 août 1858, au discours prononcé au collège Stanislas pour la distribution des prix par M. Carie Wescher, agrégé de l'université, profes-

1 Revue contemporaine du 31 juillet 1856 , dans un article intitulé Un Apologiste chrétien au xrxe siècle.

seur de rhétorique. Le sujet était Y éloge de Frédéric Ozanam. Après avoir parlé des deux années de son professorat, il ajoutait :

« Telle était cette classe de rhétorique transformée en un véritable cours d'éloquence ; et quel maître fut plus capable d'en donner des leçons? on peut dire qu'il prêchait d'exemple.

« A toutes les distinctions de l'esprit, du savoir, du talent, Ozanam joignait un cœur sympathique à la jeunesse ; ses élèves l'adoraient ; ils lui témoignèrent en plus d'une occasion la vivacité de leur attachement ; j'en ai recueilli des preuves touchantes. Ces jeunes gens n'ignoraient pas que leur professeur était un maître déjà illustre dans la science, et applaudi du public. Ils étaient touchés de voir qu'il consentît à descendre jusqu'à eux : ils lui en savaient gré comme d'un sacrifice. Voici les vers qu'ils lui adressèrent un jour pour lui exprimer ce sentiment :

Guide aimable et savant, dont la voix éloquente En élevant notre âme éclaire notre esprit, Vous qui fuyez pour nous la foule impatiente D'applaudir aux leçons où son maître l'instruit, Plus tranquille au milieu d'un plus humble auditoire, Si vous ne trouvez plus ces triomphes bruyants, Votre cœur, respirant du fardeau de la gloire, Y trouvera du moins des cœurs reconnaissants. Chaque jour, recueillis dans la paix de l'école, A vos doctes leçons tressaillant de plaisir, Nous n'osons point troubler votre aimable parole : Qu'il nous soit une fois permis de l'applaudir !

« La classe presque entière redoubla 'sa rhétorique ,

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