CHAPITRE XV
pour jouir plus longtemps des leçons du professeur aimé. »
Lorsque Ozanam recueillit à titre définitif la succession de M. Fauriel, ce fut pour ses élèves une grande joie et une grande douleur : ils se félicitaient de voir leur jeune maître jouir de ses triomphes, mais ils s'affligeaient à la pensée de le perdre. Dans leur naïve candeur, ils n'imaginèrent rien de mieux que d'adresser une requête à M. Viliemain, alors ministre, pour qu'il autorisât Ozanam à rester, contre l'usage, titulaire de deux chaires, l'une au collège, l'autre à la faculté. Voulant associer à leur démarche celui qui en était l'objet, ils lui écrivirent la lettre suivante, que l'un d'eux lui présenta :
« Monsieur, nous ne saurions vous exprimer avec « quelle douloureuse surprise nous avons reçu hier la « nouvelle du malheur qui nous menace. Ceux qui ne « sont près de vous que depuis quelques mois seulece ment, ceux qui après une année de vos leçons « avaient espéré les entendre longtemps encore, ont « tous été également affligés, et j'ai reçu la triste mis- « sion de vous manifester cette universelle douleur. « Cependant tout espoir n'est peut-être pas perdu , et , « quelque indignes que nous soyons d'occuper un « temps aussi précieux que le vôtre, nous osons vous « supplier de prendre vous-même en main notre « cause, et de nous conserver, s'il est possible, le « maître que nous avons le plus aimé... Quelle que « doive être la décision de M. le ministre, jamais nous « n'oublierons les bontés que depuis deux ans vous
« avez eues pour nous... Veuillez en recevoir ici l'as-
« surance bien sincère, et excuser l'indiscrétion de
« notre démarche en faveur de l'affection que vous ont
« vouée tous les élèves du collège Stanislas. »
La démarche ne réussit pas, mais le cœur d'Ozanam fut vivement touché ; il conserva cette lettre , et sa famille l'a recueillie précieusement.