CHAPITRE XVI
hommes les plus célèbres du xvnc siècle, Condé, le chancelier de l'Hôpital, le président de Thou, d'Aguesseau, chancelier de France, Ménage, Mabillon, Bossuet, Boileau, Racine, etc., tous sortaient de la discipline savante de l'université dirigée par les ordres religieux ; de ces collèges où tout l'enseignement se donnait en latin , où les écoliers égrillards et indociles qui voulaient lire des romans, lisaient à la dérobée des romans en grec. Cette même année, 1843, Ozanam prononçait au cercle catholique dont nous avons parlé au précédent chapitre, un discours sur les devoirs littéraires des chrétiens l .
La plus grande partie du clergé de Paris désapprouvait les emportements et les violences par lesquels les pamphlets et les journaux compromettaient alors la cause de l'Église ; Msr Affre en gémissait plus que tout autre. Aussi, lorsque Frédéric alla le consulter sur le sujet du discours qu'on l'avait prié de prononcer dans une séance solennelle que Sa Grandeur devait présider, l'archevêque insista vivement pour qu' Ozanam traitât ces questions , sur lesquelles il paraissait lui-même bien aise d'avoir à s'expliquer publiquement.
L'orthodoxie dans l'étude, seul moyen de ne pas s'égarer et de faire progresser la science ; la production et la communication de la vérité sous une forme séduisante , la controverse ou la défense de la vérité : tels furent les trois devoirs signalés par l'orateur aux littérateurs chrétiens. Il appuya principalement sur la charité dont il faut user avant' tout dans la discussion,
1 Œuvres complètes d' Ozanam, t. VII, p. 129.
avec ceux qui nient , comme avec ceux qui doutent : <( Beaucoup, disait-il, se ressentent amèrement de la douleur de ne pas croire ; on leur doit une compassion qui n'exclut pas l'estime. Il serait habile, quand il ne serait pas juste , de ne les point rejeter dans la foule décroissante des impies, et de distinguer entre les étrangers et les ennemis. »
Des applaudissements prolongés accueillirent ce discours et l'interrompirent plusieurs fois.
Msr l'archevêque termina la séance par ces paroles :
« Messieurs, je craindrais d'affaiblir ce que vous venez d'entendre en le reproduisant. D'ailleurs, une analyse, quelle qu'elle fût, vous retiendrait inutilement. Je me bornerai à exprimer mes sentiments sur les dernières réflexions qui viennent de vous être présentées; je les approuve sans aucune restriction, je les approuve de tout mon cœur, je veux me borner à une parole tirée de Y Imitation, qui les résume parfaitement. L'auteur de Y Imitation, dans sa simplicité admirable , dit que l'homme passionné ou colère entraîne (le latin dit trahit) le bien vers le mal, qu'il change tout en mal; tandis que l'homme pacifique tourne tout vers le bien : Homo passionatus etiam bonum in malum trahit et faciliter malum crédit. Bonus paci/îciis homo omnia ad bonum convertit.
« Je crois qu'on ne peut pas vous en dire davantage sur ce sujet , après ce que vous venez d'entendre ; ces mots en sont l'abrégé. J'ose à peine vous traduire le titre de ce chapitre, il est intitulé : De bono homine pacifico, de l'homme bon et pacifique. Je souhaite, ajoute Monsei-