‹ Vie de Frédéric OzanamChapitre 209 sur 313 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

gneur en souriant, que nous soyons tous de bons hommes de cette espèce !. »

Le discours d'Ozanam, si solennellement approuvé par Msr l'archevêque , si sage , si charitable , et où l'on ne saurait découvrir aucune allusion personnelle, ne plut point à tout le monde, et trouva des contradicteurs qui ne l'avaient pas compris.

Au milieu de ces épreuves, qui du reste sont communes à tous les vrais défenseurs de la vérité , le divin Maître lui ménageait parfois de bien douces consolations. Il s'était consacré, par une vie d'études et d'abnégation, à cette mission du haut enseignement comme à un apostolat, et son éloquence était ce que Platon et Fénelon voulaient qu'elle fût : « l'expression forte et persuasive d'un cœur bien inspiré. » Aussi Dieu seul sait le bien immense qu'il fit dans ses leçons , qui lui coûtaient tant de labeurs et de si grandes fatigues. Que de courage au travail, de fortes résolutions, de travaux utiles, de belles vocations il sut inspirer à cette jeune foule qui l'écoutait ! Il était applaudi avec passion, il était encore'plusaimé. Quand il sortait, chacun se précipitait pour avoir un mot de lui, pour l'entendre encore ; on lui faisait ainsi un cortège le long des allées du Luxembourg, qu'il traversait pour rentrer chez lui. Il était épuisé, mais il rapportait souvent des joies qu'il estimait bien au-dessus des plus enthousiastes applaudissements. Plusieurs pourraient comme élever la voix et dire : « Vous m'avez fait chré-

i Mélanges, t. VII, p. 158, Œuvres complètes d'Ozanam.

tien, » comme dans cette lettre qu'il reçut un jour après une de ses leçons à la Sorbonne :

« 4 mai 1841.

« Monsieur, ■

« Il est impossible de ne pas croire ce que l'on exprime si bien et avec tant de cœur ; si ce peut être pour vous une satisfaction, que dis-je! un bonheur, éprouvez-le dans toute sa plénitude ; avant de vous entendre je ne croyais pas; ce que n'avaient pu faire bon nombre de sermons, vous l'avez fait en un jour; vous m'avez fait chrétien !

« Recevez, Monsieur, l'expression de ma joie et de ma reconnaissance 1. »

Nous étions nous-même présent lorsqu'il reçut cette lettre , et il nous en fit la lecture , le cœur plein d'une sainte joie.

À cette époque surgit de nouveau, plus vive que jamais , l'ardente question de la liberté de l'enseignement contre le monopole universitaire. Ozanam , quoique attaché à l'université parla chaire qu'il occupait, n'hésita pas à soutenir une lutte vigoureuse, de concert avec M. Lenormand,M. Cœur et quelques autres, contre l'enseignement des. profes-eurs du collège de France. Pendant que MM. Michelet et Quinet attaquaient le catholicisme même sous le nom de jésuitisme, il tâcha de défendre dans trois leçons consécutives la papauté, les

i Lettres, t. II, p. 40 , 2e édit.

Page 1