‹ Vie de Frédéric OzanamChapitre 210 sur 313 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

moines, l'obéissance monastique. Il le fit devant un auditoire très nombreux, composé de ce même public qui la veille trépignait ailleurs. Pourtant il n'eut aucun tumulte, et en continuant l'histoire littéraire de l'Italie, c'est-à-dire d'une des plus chrétiennes contrées qui soient sous le soleil , il rencontra à chaque pas et n'évita jamais l'occasion d'établir l'enseignement, les bienfaits, les prodiges de l'Église.

i\on content de parler haut et ferme dans sa chaire , il publia dans le Correspondant un article sur Y établissement du christianisme en Allemagne , où se trouvait l'analyse d'une de ses leçons sur les moines, qui était encore une réponse à MM. les professeurs du collège de France. Au reste, les professeurs du collège de France et ceux de la Sorbonne n'avaient rien de commun entre eux , et n'étaient par conséquent pas collègues. Néanmoins il était courageux de la part d'Ozanam, surtout n'étant que simple agrégé, de faire hautement la profession de sa foi, de réfuter hardiment les systèmes contraires soutenus par des hommes d'un talent reconnu , et occupant une des positions les plus élevées de l'enseignement.

Le R. P. Lacordaire a porté sur la conduite d'Ozanam, dans ces circonstances délicates, un jugement trop juste et trop décisif pour que nous hésitions à le reproduire :

« C'était le moment, dit-il, où les catholiques de France, pour la seconde fois, réclamaient avec énergie l'une des grandes libertés de l'âme , la liberté de l'enseignement. Le comte de Montalembert, du haut de la tribune pairiale, qui l'avait autrefois condamné dans

cette même cause , présidait à cette seconde campagne comme général , après avoir fait la première comme soldat. Sous lui , et chacun à son poste , on s'animait au devoir, et si toutes les voix n'étaient pas également dignes du combat , si l'injure et l'injustice appelaient trop souvent des représailles qu'il eût mieux valu ne pas mériter, du moins la trahison n'était nulle part. On pouvait regretter des paroles, on n'avait pas du moins à regretter le silence. Ozanam, par la position qu'il tenait de Dieu, était de nous tous le plus douloureusement placé. Catholique ardent, ami dévoué des libertés sociales, de celles de l'âme en particulier, parce qu'elles sont le fondement de toutes les autres, il ne pouvait cependant méconnaître qu'il appartenait au corps dépositaire légal du monopole de l'enseignement. Fallait-il rompre avec ce corps qui l'avait reçu si jeune et comblé d'honneurs? Fallait-il, demeurant dans son sein, prendre une part active, et nécessairement remarquée, à la guerre qui lui était faite? Dans le premier cas, Ozanam abdiquait sa chaire : pouvait-on le lui conseiller? Dans le second cas, il appelait le second résultat en se donnant le tort de l'attendre : pouvait- on encore le lui conseiller? Et cependant Ozanam, le professeur chrétien, pouvait-il se séparer de nous?

« Il est rare que, dans les situations les plus délicates , et où tout semble impossible , il n'y ait pas un certain point qui concilie tout, comme en Dieu les attributs en apparence les plus dissemblables se rencontrent quelque part dans l'harmonie d'une parfaite unité. Ozanam conserva sa chaire : c'était son poste dans le péril de la vérité. Il n'attaqua point expressément le

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