CHAPITRE I
quarante braves guerriers. Mais il fut exposé à un plus grand péril parmi les siens que parmi les ennemis. 11 était impossible d'échapper à la mort, sans aller se rendre à la discrétion du vainqueur. Mais plutôt que de se soumettre à un si honteux expédient, tous les soldats résolurent de se tuer les uns les autres. Josèphe fit en vain tous ses efforts pour les empêcher de prendre ce parti désespéré. Il feignit donc de consentir à leur tragique dessein , et leur persuada que, pour éviter le désordre ou la confusion qui pourraient survenir s'ils s'entretuaient en foule , il valait mieux se ranger par ordre , et, commençant par un bout, massacrer toujours le troisième, se plaçant lui-même le trente et unième, jusqu'à ce qu'il n'en demeurât qu'un seul, lequel serait obligé de se tuer lui-même. Tout s'exécuta de la sorte, et Josèphe à la fin restant seul, ne se crut point obligé de tenir parole. Il sauva sa vie, parce qu'il était mathématicien, w
Nous ne craignons pas de fatiguer le lecteur par nos citations : faire lire un auteur est le meilleur moyen de le faire connaître. Nous continuerons donc à signaler ici l'importance, la haute estime qu'il accordait à chacune des branches des mathématiques , et nous le ferons d'autant plus volontiers, qu'il va donner luimême une juste idée de la passion ardente qu'il avait pour cette science : nous puisons dans les différentes préfaces de ses ouvrages.
« L'arithmétique, dit-il, est sans contredit la partie la plus étendue , la plus nécessaire et la plus subtile de toutes les mathématiques. Elle est la plus subtile, parce qu'elle passe au delà des forces de la nature ; elle
trouve plus que le plus grand nombre possible, et moins que l'unité. L'esprit s'élève par l'arithmétique au-dessus de l'imagination même. Il fait des figures que l'imagination ne peut concevoir : il double les solides , il les triple, il les augmente, il les multiplie à l'infini, et infiniment au delà des forces de l'imagination. Ainsi je ne crois pas que les purs esprits puissent posséder une connaissance plus vaste que l'arithmétique , quoiqu'ils puissent en pénétrer plus facilement que nous les subtilités, et entrer plus avant que nous dans ses secrets.
« L'arithmétique a cela de particulier, qu'à chacune de ses opérations elle rencontre la perfection que l'on cherche inutilement dans tout le travail des autres arts. . . Elle est plus libérale qu'eux, elle paye comptant les soins qu'on y prend , en ce qu'elle manifeste d'abord la démonstration de ses opérations, et qu'elle ne fait point de leçon qu'elle n'étale la perfection de ses secrets. »
Quant à l'algèbre, il ne veut pas que ce nom effraye ses lecteurs ; car « ce n'est, selon lui, qu'une méthode de raisonner par le moyen des lettres de l'alphabet qui représentent les quantités dont on considère les rapports ; elle est comme la logique à l'égard de la philosophie ordinaire, ce qui la fait appeler logistique. Cette science est devenue si commune parmi nous, à cause de sa beauté et de sa grande utilité pour toutes les parties des mathématiques, que des dames de la plus haute qualité l'ont bien voulu apprendre : entre autres M"e la duchesse d'E... la possède à un tel degré de perfection, tant à l'égard des nombres qu'à l'égard de la géométrie, que les plus savants recherchent avec empressement l'honneur de sa conversation. Un exemple si illustre