‹ Vie de Frédéric OzanamChapitre 212 sur 313 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

avaient fait à ce sujet des propositions à M. Ampère. L'affection profonde de ce dernier pour Ozanam , dont il connaissait le talent , sa délicatesse et sa générosité lui firent répondre à ce choix flatteur par un refus formel en faveur de son protégé.

On voit, par tout ce que nous venons de dire, que les inquiétudes de notre frère n'étaient que trop fondées. Par surcroît, on jugeait convenable, par respect pour la mémoire de M. Fauriel, de différer la nomination de son successeur jusqu'à la rentrée des écoles, c'est-àdire environ à cinq mois. Quelle longue attente, surtout lorsqu'il s'agit de la position et de l'existence d'une famille ! Aussi, pendant tout ce temps, combien notre bien-aimé frère ne vint-il pas nous faire la confidence de ses alarmes ! Cette pénible incertitude continua pendant toutes les vacances, et lorsque la rentrée des cours arriva, M. Villemain, ministre de l'instruction publique, dunna encore l'ordre de poser l'affiche avec la qualification d' Ozanam en blanc, afin de prendre plus de temps pour réfléchir. Cependant la présentation du conseil académique avait été unanime comme celle de la faculté. Le conseil royal avait donné son avis conforme ; il semblait donc qu'il ne restât plus qu'à signer. Néanmoins il fallut encore que M. Leclerc, doyen de la faculté, y mit un zèle et une fermeté peu ordinaires pour obtenir la signature définitive du ministre. Enfin cette signature si désirée arriva ; attendue depuis si longtemps, elle fut donnée le 21 novembre 1844.

Le terme mis à tant de craintes et de sollicitudes , cette sécurité naissante , ces conditions d'indépendance, tout se réunissait pour mettre un peu

de baume dans ce pauvre cœur si douloureusement agité.

Toutefois, au milieu des joies si méritées que procurait à Ozanam sa nomination comme titulaire ; au milieu des félicitations de ses nombreux amis, cette nomination même fut pour lui le signal d'une nouvelle épreuve. Elle le condamnait, en effet, à renoncer à sa chaire de rhétorique du collège Stanislas, comme nous l'avons dit dans le chapitre précédent. Il était si sincèrement, nous dirons même si tendrement attaché à ses élèves, que cette séparation l'affligea profondément; il fallut pourtant la subir; mais elle fut adoucie, comme nous F avens dit plus haut, par les témoignages de la plus vive reconnaissance de la part de ces excellents jeunes gens qui avaient su apprécier leur maître.

Nous avons déjà écrit bien des pages sans parler du zèle que Frédéric continuait à déployer pour sa chère société de Saint- Vincent- de-Paul.

Au mois de juin 1844, M. Bailly, qui avait dirigé la société de Saint-Vincent-de-Paul , depuis son origine jusqu'alors, avec un zèle et une prudence incomparables, demanda instamment à être déchargé de ce fardeau. Des occupations personnelles et multipliées d'une part , et de l'autre l'extension considérable qu'avait prise la Société, ne lui permettaient plus de lui donner le temps qu'un président général est obligé de lui consacrer.

Le conseil général eut donc à s'occuper de l'élection d'un nouveau président pour veiller sur les intérêts généraux de la Société, et pour diriger ses travaux. Ozanam avait été l'un des principaux fondateurs de

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