‹ Vie de Frédéric OzanamChapitre 217 sur 313 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

chagrin en voyant un enseignement si honorable et si bienfaisant tomber par la faute de ceux dont le devoir était de défendre, là comme ailleurs, la cause de l'ordre public.

Pendant l'année 1845, M. Leclerc, doyen de la faculté des lettres , voulait proposer Ozanam au ministre de l'instruction publique, comme étant digne d'être décoré ; mais, ayant été informé des projets bienveillants de son supérieur hiérarchique, Frédéric refusa cet honneur. Il craignait qu'ayant été nommé titulaire de sa chaire , et que son beau-père venant d'être promu à une position éminente dans l'université, ces faveurs multipliées ne lui suscitassent . des ennemis jaloux. Mais dès l'année suivante il fut présenté au ministre, qui le nomma chevalier de la Légion d'honneur. Il reçut à la même époque un diplôme de membre de l'académie de Munich.

Tout semblait lui réussir, même au delà de ses vœux, lorsque au mois de juillet 1846, étant allé respirer pendant quelques semaines l'air des bois de Meudon , pour se distraire des livres et des honneurs, il fut atteint d'une fièvre pernicieuse qui le conduisit bientôt aux portes du tombeau. Grâce aux soins intelligents de son médecin, M. Gouraud, grâce au tendre dévouement de sa femme, il put en revenir. Dieu dans sa bonté eut pitié de cette jeune famille, et rappela notre pauvre frère à la vie. Mais la convalescence fut très longue; il resta pendant plusieurs mois dans un état de faiblesse où tout exercice actif, toute application d'esprit lui étaient impossibles. Une heure de travail le plus léger lui fatiguait la tête et le forçait au repos. On l'envoya alors

à Bellevue, près Paris, pour achever sa guérison. Là, quoique ses forces fussent à bout, sa charité n'en devenait que plus ardente. Ne pouvant plus aller visiter ses pauvres, il faisait acheter des pains qu'il distribuait à tous les malheureux qui venaient frapper à sa porte.

Toutefois, à dater de cette violente maladie, sa santé fut de plus en plus chancelante ; elle avait reçu un coup dont elle ne se releva jamais complètement.

Après les vacances , Ozanam , malgré une amélioration notable , était loin pourtant de pouvoir reprendre son cours. Les médecins, d'ailleurs, lui avaient prescrit une année de repos ; mais avec une. activité si dévorante, une imagination si vive, comment passer toute une année oisif? Il conçut donc le projet de faire un nouveau voyage en Italie, où l'appelaient ses goûts, ses sympathies, et la nature de ses études. Son excellence le ministre lui confia une mission scientifique et littéraire pour le pays qu'il chérissait, et auquel il voulait demander la santé, la science, avec un accroissement de sa foi.

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