CHAPITRE XVIII
appelés barbares. Jl arrivait ainsi par une suite de monuments, depuis le premier oratoire construit par saint Clément, jusqu'aux modernes merveilles du Vatican, et voyait la tradition se continuer dans le marbre ou dans la pierre, comme elle se perpétue dans l'enseignement et dans la discipline.
La sainteté de Pie IX , sa bonté, son zèle, son ardente charité, les dispositions libérales qui l'animaient pour la régénération de l'Italie, faisaient sur Ozanam une profonde impression. Les ovations surtout, avec les manifestations qui eurent lieu alors sous le spécieux prétexte de féliciter le nouveau Pontife de la voie généreuse dans laquelle il entrait, exaltèrent beaucoup trop la sensibilité de Frédéric. Ces émotions profondes , multipliées, ainsi que les recherches nombreuses qu'il fit dans les bibliothèques pour accomplir consciencieusement sa mission scientifique et littéraire , l'empêchèrent de retirer de son voyage tous les résultats avantageux qu'il aurait pu s'en promettre pour sa santé. Ce fut encore à Rome qu'il mit la dernière main à la préface de son livre sur les Germains, qu'il écrivit son Rapport sur les écoles en Italie aux temps des barbares et les documents inédits qu'il avait recueillis pour servir à l'histoire littéraire de l'Italie , depuis le vne siècle jusqu'au xme, avec des recherches sur le moyen doe en Italie. C'était, pour a;nsi dire, le résumé de la mission dont le ministre de l'instruction publique l'avait chargé. Toutefois il ne publia ce travail qu'en 183 0. La première partie servit de préface à la seconde.
Enfin il avait acquitté sa dette : il croyait avoir un
peu de loisir, quand un grand malheur vint le frapper, troubler tous ses projets, et lui ôter pendant quelque temps la liberté de l'esprit et du cœur. Un frère de sa femme, dont nous avons parlé plus haut, était gravement malade lorsque la santé d'Ozanam l'obligea à partir pour l'Italie. On le quitta avec beaucoup de chagrin, mais avec la confiance de le trouver au retour. Hélas ! on ne devait plus le revoir. Une crise imprévue l'enleva tout à coup pendant le séjour de Frédéric à Rome. Cette affreuse nouvelle lui arriva au moment où il venait de finir une neuvaine avec sa femme et la sainte mère Makrena Mieczyslawska1, pour obtenir la guérison de leur cher malade. Il est bien vrai que les prières de la vierge polonaise ne furent pas perdues : ce bon jeune homme, après avoir eu la vie d'un martyr, mourut avec tous les sentiments d'un jeune saint. A l'âge de vingt-trois ans il quitta la terre , non pas seulement avec résignation , mais avec une joie toute divine. Il laissa le vide le plus désolant dans sa famille, dont il était l'âme, dont il faisait la douleur par ses souffrances , et la consolation par ses vertus, par sa sérénité, par sa grande intelligence. Ozanam serait immédiatement parti de Rome
1 La révérende mère Makrena . victime de la persécution russe en Pologne, était la supérieure d'un couvent. Elle subit la prison et le martyre. Elle eut toutes les dents de devant brisées à coups de talon de bottes par l'évèque schismatkpie Schitmasko, qui la foulait aux pieds pour la faire apostasie i.
Après sept ans d'emprisonnement, elle pn1 s'échapper avec trois de ses compagnes, en sautant par la fenêtre de sa prison . d'une hauteur de trente pieds, sur la neige fraîchement tombée. Elles purent arriver en lieu de .sûreté , et se rendirent à Home , où elles reprirent leur vie céleste et leurs austérités.