CHAPITRE XVIII
pour aller porter quelque consolation aux parents de sa femme, si ceux-ci ne s'y fussent opposés.
11 y avait à peu près un mois et demi que ce triste événement était arrivé, lorsque Frédéric se décida à aller fouiller la magnifique bibliothèque des bénédictins du Mont-Cassin. Jl y copia quelques manuscrits qui ne furent point la partit1 la moins intéressante de son butin littéraire. Mais l'une de ses plus grandes joies fut surtout de pouvoir faire la sainte communion sur le tombeau de saint Benoît.
Aussitôt après son retour à Rome , il reprit le chemin qui devait le conduire en France ; mais il le reprit lentement, comme un homme qui quitte à regret un pays auquel il a laissé tout son cœur. Heureusement, à cette époque, il y avait encore en Italie des voiturins qui voyageaient h petites journées, se reposant chaque nuit. Ils donnaient ainsi aux touristes le temps de contempler, d'admirer des sites ravissants et les beautés artistiques des principales villes où ils s'arrêtaient. Ce fut le moyen de transport que choisit Ozanam. Il parcourut ainsi toute lOmbrie, lesRomagnes, Ravenne, Venise, la Lombardie , et pénétra par le Spliïgen dans le pays de Coire jusqu'à Saint-Gall, nom qui se rattachait à ses études germaniques ; après Einsiedeln et la Suisse, il descendit le Rhin de Bâle cà Cologne, puis, reprenant la route de sa patrie par la Belgique, il rentra dans Paris, rétabli, l'esprit reposé, son portefeuille bien garni de notes précieuses et de souvenirs délicieux. Ce voyage, en effet, se fit au milieu d'un perpétuel enchantement.
Son esprit curieux , enthousiaste , était vivement im-
pressionné par les monuments, les beautés de la nature et les lieux historiques dont sa vive imagination faisait revivre les scènes. Il glanait de tous côtés, enrichissant son trésor des remarques, des inscriptions qu'il relevait. Mais ce qui contribua singulièrement à sa bonne humeur et à sa gaieté constante pendant toutes ses courses, c'est qu'il les faisait en compagnie des deux personnes les plus chères qu'il eût au monde , sa femme et sa fille. Le besoin qu'il éprouvait de s'épancher et de communiquer ses impressions au milieu de tant d'objets bien capables de les refaire surgir en foule , trouvait un fidèle et intelligent écho dans celle qui partageait son bonheur ; son cœur nageait dans la joie, et cette joie si douce, si pure, contribua singulièrement au rétablissement de sa santé.
Ozanam a laissé quelques notes sur ce long voyage ; on les a consignées dans le second volume de ses lettres ; Parmi les plus intéressantes on remarque surtout celles où il parle de Florence , Pise , San-Gemignano , la Chapelle papale au Quirinal, la Messe arménienne à Saint- Basile; puis Venise, Saint-Gall, Einsiedeln., Echallens, la vallée de Moutiers, Oberwesel et Stolzenfels. Les lettres qu'il écrivit, soit pendant son voyage, soit peu de temps après, sont également remplies de vives impressions qu'il remportait des lieux intéressants qu'il visitait.
Nous ne le suivrons point, sans doute, partout où il passa, mais nous croyons devoir faire avec lui une sainte halte à Assise. Quelles douces émotions il y éprouva! Avec quel attendrissement il parcourut tous les sentiers sur lesquels saint François avait, pour ainsi dire, imprimé la trace de ses pas, et conviait les petits oi-