‹ Vie de Frédéric OzanamChapitre 23 sur 313 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

doit bannir toute sorte de crainte et réveiller les esprits paresseux. »

Voici en quels termes il fait l'éloge de la géométrie : <( Quant à son utilité, on peut dire que si les Grecs ont passé pour plus spirituels que les autres peuples, ce n'est peut-être que parce que, par le moyen de cette science, ils ont trouvé le chemin le plus court et le plus assuré pour devenir raisonnables et spirituels... Présentement que l'on s'applique en France à la géométrie plus que jamais, il n'y a pas lieu de douter que les esprits ne prendront un plus grand vol, et qu'ils se perfectionneront davantage. La France doit déjà à cette méthode l'honneur qu'elle a d'avoir donné à tout le Nord et à une grande partie de l'Europe une nouvelle philosophie, dont le célèbre Descartes est l'inventeur.

<( Quand la géométrie n'aurait pas cet avantage , et qu'elle laisserait toujours les hommes dans la poussière, on n'en aurait pas moins besoin en toute sorte de professions. Elle est même plus nécessaire aux hommes qui se contentent d'un état médiocre, qu'à ceux qui ont l'ambition de s'élever. On ne peut vivre dans l'état le plus commun qu'on ne mette en usage des mesures de toutes les façons ; c'est l'âme de tous les métiers... »

Ozanam commence ainsi sa préface de la gnomonique universelle : « L'on a toujours considéré les mathématiques comme des sciences très relevées , et dont l'étude est fort utile pour rendre l'esprit juste. L'Écriture sainte parle avec éloge des sciences que Moïse avait apprises des Égyptiens, et Daniel des Chaldéens. Les Pères ont eu aussi beaucoup d'estime pour les mathématiques. Ainsi on ne peut blâmer ces sciences sans

faire tort à la gloire des saints qui les ont louées ; et , de toutes ces sciences, la gnomonique est la plus agréable et la plus nécessaire... »

Ces raisonnements ne sont peut-être pas très concluants ; mais ils montrent du moins combien Jacques Ozanam exaltait les mathématiques, et jusqu'où il portait l'amour et l'estime de cette science.

On est tellement habitué aujourd'hui à exclure complètement l'esprit chrétien de tout ce qui n'a pas Dieu ou la religion pour objet immédiat, qu on est agréai dément surpris de trouver à chaque pas dans les ouvrages de ce savant des preuves non équivoques de la foi qui l'animait. Il déclare lui-même que son dessein est que sa physique soit chrétienne, et conduise à Dieu1. On verra du reste, par la suite, que cette pieuse préoccupation se retrouve dans toutes ses œuvres. Toutes, en effet, sont marquées au sceau du christianisme le plus sincère par les citations multipliées qu'il fait des Pères et des auteurs ecclésiastiques. On ne sait ce qu'il faut le plus admirer, ou de l'immense érudition de l'auteur en ce genre , ou des questions mathématiques et physiques qui se trouvent traitées par des docteurs de l'Église, par des évêques, et par des théologiens célèbres, à la vérité, mais dont on est habituellement porté à ne considérer le talent qu'au point de vue doctrinal et littéraire. Cette association intime et inséparable de toutes les sciences avec les enseignements de la foi, que l'on retrouve dans tous les grands génies, donne le démenti le plus formel à ces esprits étroits et superficiels qui voudraient

1 Récréations mathématiques <t physiques, !. IV, ]>. 56 [édition de 1723).

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