‹ Vie de Frédéric OzanamChapitre 221 sur 313 · CHAPITRE XVI II · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI II

seaux h venir l'entendre ! Son amour pour les pauvres, qui retrouvait dans ce saint patriarche le type ainsi que le modèle de la pauvreté et de la charité évangéliques; la physionomie du xme siècle, dont la vieille et charmante ville d'Assise a conservé l'empreinte; sa position pittoresque sur une colline qui domine l'un des plus riants bassins de l'Ombrie : tout nous invite à accompagner Ozanam dans ce pieux pèlerinage, que nous avons eu nous- même le bonheur de faire autrefois; ce fut cette délicieuse excursion qui lui inspira son gracieux travail sur les poètes franciscains.

En effet, le séraphique saint François était poète; il était parvenu à un état surnaturel, où la vulgarité de la prose devenait impuissante à exprimer l'élévation de ses sentiments et l'ardeur de l'amour divin dont il était embrasé. Lorsque l'homme a brisé par la vertu la chaîne des sens et spiritualisé en quelque sorte sa chair, la parole humaine ne trouve plus d'expressions assez délicates, assez brûlantes pour traduire ce qu'il y a de céleste dans ses sentiments. Il lui faut un langage qui se rapproche de celui des anges. De là viennent les admirables psaumes du saint roi David , et les œuvres poétiques des prophètes de l'ancienne loi. C'est aussi la langue de l'Église dans la plupart de ses chants liturgiques. La prose, si éloquente qu'elle soit, n'est après tout que l'interprète de la raison ; la vie surnaturelle et l'amour divin ont besoin pour s'épancher du rythme et du chant, deux ailes qui les élèvent en quelque sorte jusqu'au ciel; aussi, tandis que l'éloquence reste dans la chaire, plus près de la porte et de la foule, l'Eglise donne à la poésie la première place dans son culte,

dans le chœur même de ses basiliques, et jusqu'au pied de l'autel.

Ce fut sous l'influence de ces pensées qu'Ozanam parcourut les différents sanctuaires d'Assise.

La vie du saint patriarche y est si vivement retracée, sa mémoire est encore si présente et si chère au cœur des habitants de cette pieuse cité, que l'on croirait encore le rencontrer à chaque pas, malgré les six cent cinquante ans écoulés depuis sa mort. Les guides des voyageurs eux-mêmes caractérisent cette petite ville en lui donnant le titre de ville monastique remplie de saint François.

On y voit tout d'abord une chapelle à laquelle on a donné le nom de San-Francesco-il-Piccolo , Saint- François -le -Petit. Elle a été élevée sur l'emplacement d'une étable dans laquelle naquit l'amant passionné de la pauvreté de Jésus-Christ. La mère était depuis longtemps dans les douleurs de l'enfantement, lorsqu'un pèlerin qui venait de recevoir l'aumône à la porte de cette demeure, déclara que la dame du logis serait promptement délivrée si elle se faisait porter dans une étable , parce que son enfant devait naître sur la paille, file obéit à ce conseil, et aussitôt elle accoucha heureusement.

« Tout près, mais en dehors de la ville, c'est la petite église de Saint-Damien, où notre saint allait souvent, après sa conversion, répandre ses prières et ses larmes aux pieds d'un crucifix, demandant avec instance de connaître les desseins de Dieu sur lui. Un jour qu'il contemplait avec un grand amour cette représentation du Sauveur en croix , tout à coup une voix sortie du

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