CHAPITRE XVIII
sit au-dessus une très belle église, avec un monastère contigu qui reçut le nom de Sagro-Convento, le couvent par excellence.
Ozanam donne lui-même la description détaillée de ce sanctuaire et des admirables peintures dont il est enrichi. On la trouve dans son livre des Poètes franciscains (p. 81); mais il en parle aussi plus brièvement dans une de ses lettres dont nous transcrivons le passage suivant : « Figurez-vous une église à trois étages. L'inférieure , qui est souterraine , renferme le corps du saint; celle du milieu, de plain-pied avec le sol, est déjà plus grande , mais encore basse et obscure ; les peintures dont elle est couverte expriment plutôt les mystères douloureux du Christ, et la vie mortifiée de saint François. La troisième, où l'on monte par un escalier, mais qui a une porte avec le niveau de la colline, est une construction élancée comme nos plus belles églises gothiques, percée de grandes fenêtres ogivales, toute pleine de lumière et de fresques superbes, où tout respire la gloire et l'immortalité. Les plus anciens et les plus pieux maîtres de la peinture italienne ont épuisé leur génie sur ces murailles. On n'y voit du reste ni marbres, ni pierres dures, ni rien de ce luxe fatigant qui gâte si souvent les églises d'Italie. C'est une fidèle image du saint qu'on y honore; c'est pauvre et beau 1 . »
La vue attentive de toutes ces merveilles enthousiasmait Frédéric. Mais ce qui acheva de le transporter et de le ravir, ce fut la lecture d'un tout petit
1 Lettres , t. II, p. 171.
livre intitulé : les Petites Fleurs de saint François , et quelques poésies des premiers enfants du glorieux patriarche. Souvent il nous a parlé lui-même d'une admirable allégorie employée par notre saint, pour faire approuver par Innocent III son ordre, que ce pape trouvait trop austère au point de vue de la pauvreté.
Rien de plus poétique, de plus solidement pieux ni de plus touchant; aussi sa cause fut- elle aussitôt gagnée. Nous croyons être agréable à nos lecteurs en la transcrivant, ici, et en leur faisant partager notre admiration :
« Le serviteur de Dieu alla se mettre en prière ; il revint bientôt et dit : « Saint-Père, il y avait une très « belle fille , mais pauvre , qui demeurait dans un dé- « sert ; un roi la vit et fut si charmé de sa beauté qu'il « la prit pour épouse. Il demeura quelques années « avec elle , et en eut des enfants qui avaient tous les « traits de leur père et la beauté de leur mère ; puis il « revint à sa cour. La mère éleva ses enfants avec <( grand soin, et dans la suite elle leur dit : Mes ence fants, vous êtes nés d'un grand roi; allez le trouver « et il vous donnera tout ce qui vous convient. Et les (( enfants vinrent auprès du roi. Il leur dit en voyant « leur beauté : De qui êtes-vousfils? et ils répondirent : « Nous sommes les enfants de cette pauvre femme qui « habite au désert. Et le roi les embrassant avec une « grande joie : Ne craignez rien , vous êtes mes fils ; si <( les étrangers se nourrissent de ma table, combien «■ aurai -je plus de soin de mes enfants! Ce roi, très « saint Père, c'est Notre-Seigneur Jésus-Christ; cette ce fille si belle, c'est la pauvreté, qui, étant rejetée et mé-