‹ Vie de Frédéric OzanamChapitre 228 sur 313 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

9. Devant le Christ né dans la crèche, les citoyens du ciel viennent chanter avec une immense joie.

10. Debout se tenaient le vieillard et la Vierge, sans voix et sans parole, le cœur muet d'admiration.

11.0 Mère, source d'amour, faites que j'en éprouve la vive ardeur, que je la partage avec vous.

12. Faites que mon cœur brûle d'amour pour le Christ- Dieu, pour lui plaire comme vous.

13. Obtenez-moi cette grâce, Mère sainte! enfoncez profondément ses plaies dans mon cœur.

14. Votre fils est descendu du ciel. Il a déjà daigné naître sur la paille; que je partage avec lui ses souffrances.

15. Faites que j'éprouve un véritable bonheur, en m'attachant à votre petit Jésus, tant que durera ma vie.

16. Que mon amour persiste comme le vôtre, que tout mon bonheur soit dans votre petit enfant, tout le temps de mon exil.

17. Communiquez -moi votre ardent amour, ne permettez pas que ce désir s'anéantisse en moi.

18. 0 Vierge, la plus noble entre toutes les vierges, ne repoussez pas ma prière, que j'empoite avec moi votre petit enfant.

19. Que je porte ce bel enfant qui vainquit la mort en naissant, et voulut nous donner la vie.

20. Faites qu'avec vous je m'en nourrisse; que je m'enivre de votre fils, que j'en trépigne d'allégresse.

21. Dans le .feu de mes transports, une telle intimité anéantit tous mes sens.

22. Faites que votre fils me garde, que la parole de Dieu me défende, que sa grâce me conserve.

23. Et quand mon corps mourra, faites qu'à mon âme soit donnée la vue de votre fils.

, 1. Tous ceux qui aiment l'étable et les bergers s'associent pour veiller et passer la nuit.

2. Par la vertu de votre enfant, priez que tous ses élus parviennent à la céleste patrie. Ainsi soit-il *.

1 Poêles franciscains, p. 170, édit. 1855.

Telles furent les sources auprès desquelles Ozanam cueillit les lignes charmantes qu'il écrivit sur les Poètes franciscains en Italie au xiue siècle. Son humilité ne les jugeait pas dignes de faire un livre; l'insistance de ses amis l'y décida heureusement. Voici le jugement qu'en portait M. J.-J. Ampère, qui l'appelait un chef-d'œuvre plein de savoir et de grâce :

« J'insiste sur le mot grâce, parce que c'était un des caractères de cette imagination dont l'austérité de la vie et les labeurs de l'érudition n'avaient pas fait tomber la fleur. Ses amis le savent par ses lettres; le public peut le reconnaître en mille endroits de ses plus doctes travaux, et partout dans ses Poètes franciscains en Italie au xiue siècle. On est surpris qu'il soit possible de parler avec autant de charme de ces pauvres moines ; cela aurait bien étonné Voltaire. Il est vraiment incroyable que le même homme ait pu en même temps se livrer aux recherches érudites consignées dans son rapport sur une mission en Italie que lui avait confiée M. de Salvandy, et écrire ce délicieux volume. Dans nos soirées de Sceaux, j'avais été initié au secret de la traduction modeste des Petites Fleurs de saint François, qui accompagne l'ouvrage d'Ozanam, et qui, dit -il, est l'œuvre d'une main plus délicate que la sienne : cette main est celle qui s'est trouvée assez forte pour lui présenter le dernier breuvage , et qui lui a donné la dernière étreinte '. »

1 Biographie d'Ozanam , par J.-J. Ampère, p. 26.

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