‹ Vie de Frédéric OzanamChapitre 229 sur 313 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

Ozan;im au cprclc catholique. — Fondation de YÈre nouvelle; ses travaux dans ce journal. — Il fait son service de garde national. — Mort do .Me>- Âfl're. — Mort de son beau-pèie. — Le choléra à Paris. — Éloge de Ballanche. — Voyage à Ferney.

Ozanam arriva à Paris dans les premiers jours du mois d'août de cette même année 1847. Après avoir employé deux mois pour mettre à jour quantité d'affaires attardées qui accablent toujours à son retour un voyageur après une longue absence, il se déroba pour une semaine aux visites importunes dont il était assailli. Il alla chez M. de Francheville , dans une sorte de château fort, garni de ses fossés et de son pont-levis, au milieu des forêts de la Brie. Il avait besoin de se recueillir dans une sorte de retraite avant de reprendre son cours et les autres travaux qui 1 attendaient. Cette douce solitude, mêlée à l'affection que lui témoignaient l'aimable châtelain et sa famille, exercèrent une très heureuse influence sur son esprit, son cœur, et par là même sur sa santé.

L'année 1848, qui vit crouler en un instant le trône usurpé par Louis- Philippe, et surgir la république s'emparant du pouvoir, fut aussi celle où Ozanam prit une plus grande part aux agitations politiques de son temps.

Tout en s'occupant sérieusement de son cours et de la publication de son ouvrage sur la Civilisation cliréticnnne chez les Francs , auquel il avait travaillé plusieurs années , il suivait avec anxiété et une profonde émotion les événements si graves qui se précipitaient autour de lui. Ce fut ce qui lui inspira un discours prononcé au cercle catholique , sur les dangers de Rome et ses espérances. Il le fit paraître plus tard dans le Correspondant '.

Ce dicours n'était pas pour lui une affaire littéraire, ni d'amour- propre, mais une affaire de cœur et de conscience. Il savait que sa sincérité déplairait; il ne céda qu'au besoin de remplir un devoir, persuadé que ses amis faisaient fausse route. En effet, les plaintes et les remontrances ne lui manquèrent pas, parce qu'il avait désapprouvé la politique étroite et violente de quelques feuilles catholiques, et la politique impopulaire et découragée du Correspondant. On lui trouvait des opinions trop hardies, et pourtant il reçut des adhésions les plus complètes d'un bon nombre de catholiques zélés, et l'approbation absolue du P. Lacordaire, ainsi que du vénérable M. Desgenettes, ancien curé de Notre-Dumedes-Yictoires. Hélas! il s'était laissé abuser par la conspiration des ovations faites à Pie IX pendant son sé-

1 T. XXI, p. 412.

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jour à Rome. Celui qui ne connut jamais d'autre liberté que celle de bien faire et de s'imposer des devoirs, ne pouvait pas croire que ce mouvement ne fût l'indice d'un véritable réveil.

ûzanam était alors du parti que M. Lenormant appelait le parti de la confiance. Il était convaincu de la possibilité d*une démocratie chrétienne; il la regardait comme le terme naturel du progrès politique, et restait persuadé que Dieu y menait le monde.

Dans cette persuasion, il devient l'un des plus ardents promoteurs de la fondation d'un nouveau journal destiné à poursuivre le but que nous venons d'indiquer. On lui donna le nom significatif d'Ère nouvelle.

Le P. Lacordaire , de son côté, se préoccupait sérieusement de ce qu'il y avait à faire pour le salut de son pays; et tandis qu'il délibérait avec lui-même, l'abbé Maret (aujourd'hui évéque de Sura) et Frédéric Ozanam frappèrent à sa porte. Ils venaient lui dire « que le trouble et l'incertitude régnaient parmi les catholiques , que les points de ralliement disparaissaient dans une confusion qui pouvait devenir irrémédiable, nous rendre hostile le régime nouveau, et nous ôter les chances d'obtenir de lui les libertés que le gouvernement antérieur nous avait obstinément refusées».

« La république, ajoutaient-ils, est bien disposée pour nous, nous n'avons à lui reprocher aucun des actes d'irréligion et de barbarie qui ont signalé la révolution de 17^3. Elle croit, elle espère en nous; faut-il la décourager? Que faire d'ailleurs? et à quel autre parti se rattacher? Qu'y a-t-il devant nous, sinon des ruines? et qu'est-ce que la république, sinon le gouvernement

naturel d'une société quand elle a perdu toutes ses ancres et toutes ses traditions 1? »

Il fut convenu dès lors que l'on ferait paraître Y Ère nouvelle , et que tous les trois y collaboreraient de concert.

Msr Affre s'empressa de bénir et de prendre sous sa protection cette publication naissante et pleine d'espérance. Il adressa même aux hommes de talent et de zèle qui la dirigeaient la lettre suivante :

« Archevêché de Paris, 16 avril 1848.

(( Au rédacteur,

« La connaissance personnelle que j'ai des principes des fondateurs de votre journal m'engage à vous donner de suite une adhésion dont je me suis abstenu vis-àvis des journaux publiés sous le précédent gouvernement. Non seulement je suis complètement rassuré contre le danger d'une prétendue résurrection de Y Avenir, mais je sais que vous combattez efficacement ce que les théories de ce journal ont eu de répréhensible. Tous les catholiques ne tarderont pas, je l'espère, à en être convaincus. Mais ce qu'ils aimeront surtout dans votre feuille c'est la droiture, la franchise, et un dévouement qui fait abstraction de tous les partis, qui ne connaît et qui ne veut qu'une chose : le salut de la religion et de la patrie.

« Ce qui leur plaira et qui multipliera vos lecteurs, c'est ce dévouement simple qui , au lieu de calculer les

, i Le P. Lacordave , par le P. Chocarmc , 2e édit., p. 505.

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