CHAPITRE I
de nos jours établir un divorce impie entre deux choses que Dieu a indissolublement unies, et que l'homme ne parviendra jamais à séparer légalement, malgré tous les efforts de son orgueil.
Avec les idées modernes qui triomphent aujourd'hui des meilleurs esprits, on ne se serait jamais attendu à rencontrer dans des livres de mathématiques des citations des saintes Ecritures, des Pères et des docteurs de l'église ; encore moins des réflexions chrétiennes telles , par exemple, que celle-ci : « Quand on considère l'homme par rapport à ses misères, à ses infirmités, à ses passions et à la mort qui le poursuit toujours, on n'a pas une grande idée de sa condition ; mais lorsqu'on l'examine par rapport à ce que Dieu a fait pour lui dans l'ordre de la nature et dans l'ordre de la grâce, on doit le contempler comme un prodige de la magnilicence de Dieu. Le soleil, dont nous venons de voir l'excellence, et qui, selon le calcul de quelques astronomes, est mille fois plus grand que la terre, a été fait exprès pour éclairer Thomme. La terre, qui est si petite en comparaison de ce grand astre, méritait- elle d'avoir pour flambeau un si immense globe de feu et de lumière' ? N'y a-t-il pas à craindre que l'homme s'en fasse accroire à la vue de ce que Dieu fait pour lui ? Ce céleste flambeau est si merveilleux que des nations infinies l'ont adoré comme un dieu. Et, parmi les chrétiens, il s'est trouvé un contemplatif qui s'est imaginé que ce que nous appelons le soleil est un trou fait à la voûte du ciel, par où
1 Cette réflexion acquiert bien plus de force aujourd'hui que L'on a fait de nouvelles découvertes : le soleil n'est pas seulement l ooo fois {'lu.- grand que la terre, mais l 526 iso fois.
s'échappe un rayon de la gloire que Dieu promet à ses saints '. »
Cette alliance de la science avec le christianisme paraissait si naturelle à Ozanam, qu'elle se révèle à chaque instant dans ses écrits. Il est vrai qu'il n'était pas seulement homme de foi, mais qu'il avait un savoir peu commun dans les matières religieuses. On voit aisément que ses quatre années de théologie n'avaient pas été stériles, et qu'il sut en tirer parti au profit de ses nouvelles études et de l'édification de ses lecteurs.
Aussi ce pieux et savant mathématicien cite-t il souvent les divers livres de la sainte Ecriture à l'appui de ses raisonnements et de ses preuves. Il ne se contente môme pas de rapporter quelques passages de la Yulgate ; il les commente; il va même jusqu'à se saisir du texte hébreu. S' emparant des expressions de cette langue sacrée, il en fait ressortir la richesse et le sens véritable , ce qui semble démontrer que l'hébreu ne lui était pas étranger, d'autant plus qu'il en reproduit les caractères originaux.
La lecture des saints Pères , des docteurs de l'Église et des divers auteurs ecclésiastiques lui était également familière. Il suffit, pour s'en convaincre, de lire les citations littérales et nombreuses qu'il en fait dans ses ouvrages, indiquant toujours avec un soin scrupuleux le tome, le livre, l'article et jusqu'à la page des différents auteurs où il avait puisé. Il en usait au reste de même pour tous les écrivains qu'il consultait , et dont il exposait la doctrine ou l'opinion; ce qui prouve'
1 Récréations mathématiques de J. Ozanam, t. IV, p. 57 (des phosphores naturels).
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qu'il ne lui suffisait pas, en composant , de s'en tenir à de vagues réminiscences, mais qu'il n'admettait que des citations précises et textuelles empruntées aux originaux eux-mêmes. On sera d'autant plus frappé de ce procédé en voyant l'énumération considérable, quoique évidemment bien incomplète, des principaux livres qu'il avait lus.
Les auteurs ecclésiastiques qu'il fait apparaître le plus souvent sont: Tertullien, saint Ambroise., saini Augustin, saint Basile, saint Justin martyr, saint Denis , saint Thomas d'Aquin ; mais il en invoque bien d'autres : un ancien évoque d'Avranches ; Simon Maiole, évêque de Volterra (Naples) ; Tosta, évoque d'Avila; Aresi, évêque trèsérudit; Fénelon, archevêque de Cambrai. On retrouve ensuite les noms d'une infinité d'ecclésiastiques qui unissaient à une profonde science des saintes lettres de rares connaissances en chimie, en physique ou en mathématiques; tels sont: les P. Kircher, Scott, Tilkowski, tous trois jésuites; le P. de Sainte -Marthe, bénédictin; le P. Mersenne, minime; le P. Casatus; Samuel Parkerus, chanoine de Cantorbéry; Harœus, théologien, chanoine de Louvain ; Libertus Fromondus, docteur en théologie et professeur de philosophie h l'université de Louvain ; l'abbé Furetière, etc. etc.
La solide piété dont était animé J. Ozanam ne ressort pas seulement de la lecture assidue et sérieuse qu'il faisait des écrivains les plus illustres que l'Église ait enfantés ; il en donne une nouvelle preuve en laissant éclore sous sa plume les sentiments qui remplissaient son cœur, et dont il trouve l'expression si bien rendue
dans la liturgie catholique, qu'il ne peut résister au bonheur d'en citer quelques fragments. Là encore on peut se convaincre de la connaissance parfaite qu'il avait de toutes les parties de l'office divin.
Lorsqu'il veut prouver, en parlant du soleil, que cet astre. est un corps de feu lumineux, après avoir réfuté l'opinion d'Aristote , il démontre sa thèse en prenant à témoin la Genèse, le prophète royal, Jésus fils de Sirach dans le livre de l'Ecclésiastique, ïertullien, saint Ambroise, saint Augustin ; puis il s'écrie : « Ecoutons maintenant le langage de l'Eglise, dont toutes les paroles sont toujours si mesurées. Or cette divine épouse du Sauveur, dans son office, attribue plusieurs fois du feu et des flammes au soleil. C'est ainsi qu'elle s'explique dans l'hymne des vêpres du jeudi :
. . . . qui flammam Solis rotara consliluens '.
« Dans l'hymne des vêpres du samedi, l'Eglise dit que le soleil est de feu :
Jam sol recedit igneus -. »
Un peu plus loin , après avoir parlé des météores de feu naturels, il traite des météores miraculeux, tels que le buisson ardent, les rayons lumineux qui sortaient du front de Moïse, la colonne de feu qui dirigeait les pas des Israélites dans le désert, l'étoile venue d'Orient pour conduire les mages à Bethléhem ; il les regarde comme
1 « La flamme donl est formé le disque du soleil. »
2 « Déjà le soleil de feu se retire. »