‹ Vie de Frédéric OzanamChapitre 234 sur 313 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Voyages en Bretagne , à Dieppe , en Angleterre. — Séjour des vacances à Sceaux jusqu'au commencement de l'année scolaire 1851-1852.

Ozanam passa tout le temps que nous venons d'indiquer dans un état intermédiaire entre la santé et la maladie. Au lieu de prendre le repos qui lui eût été nécessaire , il accomplissait tous ses devoirs et s'abandonnait à cette fièvre de travail qui devait achever si rapidement d'épuiser ce qui lui restait de force. Il avait complètement oublié les conseils si sages que lui avait donnés le doyen de la faculté des lettres, M. Victor Leclerc, dès la première année de son cours.

Hélas! au contraire, il ne conformait que trop sa conduite aux avis qu'il donnait à son tour aux jeunes gens du cercle catholique. Voici le langage qu'il leur tenait un soir : « Messieurs, tous les jours, nos amis, nos frères , se font tuer comme soldats , ou comme missionnaires sur la terre d'Afrique, ou devant les palais des mandarins. Que faisons -nous, nous autres, pendant ce temps-là? Croyez-vous donc que Dieu ait donné

aux uns de mourir au service de la civilisation et de l'Église, aux autres la tâche de vivre les mains dans leurs poches , ou de se coucher sur des roses ? Ah ! Messieurs, travailleurs de la science, gens de lettres chrétiens, montrons que nous ne sommes pas assez lâches pour croire à un partage qui serait une accusation contre Dieu qui l'aurait fait, et une ignominie pour nous qui l'accepterions. Préparons-nous à prouver que, nous aussi, nous avons nos champs de bataille, où parfois Von sait mourir { . »

Fidèle à ce programme qu'il s'était tracé à lui-même avant d'engager les autres à le suivre , il se livra à un labeur sans mesure, malgré des souffrances et des malaises habituels. Ce fut alors qu'il acheva son livre des Poètes franciscains , qu'il donna ses Études sur le paganisme au moment de l'invasion des barbares , et son travail sur le Progrès dans les siècles de la décadence latine , les Premiers Commencements du génie chrétien jusqu'à la fin du xme siècle. C'était une sorte d'introduction au livre qu'il se proposait de faire paraître sur la Civilisation au ve siècle; c'était aussi le portique du vaste plan qu'il s'était tracé, et qu'il avait l'intention de remplir si Dieu lui accordait assez de jours, assez de santé pour l'achever. Il s'agissait, en effet, de montrer « le christianisme civilisant les barbares par son enseignement, leur transmettant l'héritage de l'antiquité, créant, avec la vie chrétienne et. la vie politique, l'art, la philosophie et la littérature du moyen âge ; c'est-à-dire un abîme de douze siècles

1 Lettre*, t. II, p. il.

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