‹ Vie de Frédéric OzanamChapitre 235 sur 313 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

comblé par l'histoire, les ténèbres de la barbarie éclairés, les origines de la civilisation et de la culture moderne expliquées, le christianisme glorifié par ses résultats, le tableau de ce qu'il a maintenu et de ce qu'il a produit, des vérités qu'il a propagées, des sentiments qu'il a inspirés, des lois qu'il a dictées, des œuvres d'art et de poésie dont il a été la source. C'est i •■• magnifique ensemble qu'on doit toujours avoir devant les yeux, comme Ozanam l'avait constamment lui-même, quand on lit ses écrits *. »

La Civilisation au ve siècle fut le sujet de son enseignement jusqu'au jour où la maladie interrompit définitivement son cours. D'après les instances de tous ceux qui l'entouraient, il faisait sténographier ses leçons; c'était la première rédaction du livre qu'il voulait publier, se réservant de remanier ensuite le tout à la fin de chaque année. Tar ce moyen , il pensait donner à son style un peu de cette chaleur qui l'animait dans sa chaire pendant l'improvisation, et qui souvent, d'après lui, l'abandonnait dans le cabinet.

Ces sténographies, publiées en 1855, après la mort d'Ozanam, forment les deux premiers volumes de ses œuvres complètes. Voici ce que M. Ampère en dit dans la préface qui les précède :

« Ozanam avait fait sur cet important sujet un cours dont on possède vingt et une leçons, recueillies avec beaucoup d'exactitude par un sténographe intelligent. Les cinq premières, revues et rédigées par l'auteur, ont paru dans le Correspondant sous ce titre : Du

1 Civilisation au ve siècle, t. I . p. 7, préface par M. J.-J. Ampère.

Progrès dans les siècles de décadence et Études sur le paganisme; elles sont précédées d'un avant-propos qui est comme son testament littéraire. Ces cinq leçons, rédigées par Ozanam, me semblent former un des morceaux les plus élevés et les plus achevés qui soient sortis de sa plume.

« Quant aux leçons sténographiées, on doit regretter sans doute qu'il n'ait pu les revoir, pour y mettre le fini d'exécution qu'on remarque dans celles qu'il a rédigées. Cependant une considération tempère pour moi l'amertume de ce regret , et j'y trouve une consolation , un dédommagement. Les leçons sténographiées, qui conservent la parole même du professeur, saisie et fixée dans le feu de l'improvisation, feront connaître à ceux qui ne l'ont pas entendue cette parole pleine de mouvement, d'éclat et de force; en effet, si les leçons qu'il a revues et polies avec un soin si heureux montrent l'écrivain habile , les leçons improvisées nous rendent l'orateur inspiré, et, quelque admiration qui soit due au premier, le second était peut-être encore au-dessus. En général, les improvisations d'Ozanam se font remarquer par une correction qui surpris les hommes accoutumés à celle de nos plus grands orateurs. L'improvisation véritable offre toujours quelques inégalités ; s'il s'en rencontre parfois même chez Ozanam, elles sont certes bien- rachetées par la vigueur de l'expression, l'entraînement de la parole, par les traits ardents qui sans cesse illuminent et colorent ce ferme langage1. »

^Ampère , Biographie d'Ozanam.

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