‹ Vie de Frédéric OzanamChapitre 237 sur 313 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

vifs qui peuvent payer des années de souffrances. » Cependant il ne tarda pas de se rendre à Vannes, pour être témoin de la procession annuelle en l'honneur de saint Vincent Ferrier, dont on conserve les reliques dans cette ville. Il espérait y voir les paysans du voisinage en assez grand nombre, et dans un de ces moments de fête où le peuple breton, circonspect et réservé d'ordinaire , se livre , en laissant paraître toute l'originalité de son caractère et de ses mœurs. Le calme de ces bons habitants du Morbihan, toujours uniformément vêtus de noir, désappointa un peu sa curiosité ; mais, en revanche, l'empressement des fidèles de toutes les classes à se rendre à la pieuse cérémonie, la foi profonde et le recueillement peints sur tous les visages , à la procession comme à l'église , le dédommagèrent bien de sa déception.

Quoique peu satisfait du paysage de cette partie de la Bretagne, toute parsemée de landes incultes, il comptait parmi ses plus aimables impressions de voyage : sa visite à Gawrinis et Locmariaker, sa navigation sur le Morbihan, qu'un beau ciel inondait de lumière, sa descente dans les grottes druidiques. Ce fut au milieu de ces intéressants spectacles qui se succédaient sous ses pas, qu'il arriva au château de Truscat, chez son ami M. deFrancheville. Les enchantements qu'il s'était promis en Bretagne commencèrent alors. Il débuta par la fête patronale de l'île d'Artz. « Il partit donc le matin par un temps superbe , avec son châtelain , dont le parc descendait jusqu'à la mer : une forte chaloupe leur faisait accomplir la traversée en trois quarts d'heure. Après une grande messe en musique, on célébra la

solennité champêtre par un déjeuner qui ne l'était pas trop. Le soir, procession des plus pittoresques; mais par-dessus tout le chant des litanies et la foi d'une population qui ne connaît pas le doute. L'heure du retour arrivée , de tous les côtés des barques se détachent pour emporter les bonnes gens venus à la fête des rivages voisins. La société avec laquelle Ozanam était, parti s'embarque à son tour, et touche heureusement à la plage du château , sans avoir été gagnée par le mal de mer ni par le froid de la nuit tombante. M. de Francbeville lui offrit encore le curieux et charmant plaisir d'une noce bretonne. »

De Truscat, Ozanam partit pour Auray. 11 s'y rendit par eau, afin de jouir de la vue des paysages délicieux qui abondent dans le golfe du Morbihan et sur les bords de la rivière d' Auray, qui n'est autre chose qu'un bras de mer d'une longueur de trois lieues, aboutissant à la petite ville de ce nom. Celle-ci, admirablement située, sur un terrain très accidenté, rappelle toute l'originalité d'un village de Suisse. A une heure de là se trouve le sanctuaire de Sainte -Anne, pèlerinage national des Bretons. Frédéric visita avec une humble piété la petite église à laquelle a succédé aujourd'hui une superbe basilique , puis le beau cloître du xvne siècle qui se développe derrière elle, la Scala Sancta, et la fontaine dont les eaux passent pour être sacrées. Il était heureux surtout de se mettre à genoux au milieu des bons paysans qui s'y rendent sans cesse et qui prient avec tant de foi , tant de recueillement. Pourtant, malgré le caractère si touchant de ce pieux pèlerinage, il fallut s'en arracher. M. et M,ne de la Yillemarqué attendaient Ozanam à

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