‹ Vie de Frédéric OzanamChapitre 239 sur 313 · chapitre xx · texte numérisé non relu

chapitre xx

lui en comparaison du soulagement qu'il se promettait pour ceux qu'il aimait.

Frédéric, dans tous ses voyages, ne manquait jamais de visiter les conférences de Saint- Vincent-de-Paul établies dans les villes qui se trouvaient sur sa route. Comme la petite ville de Sceaux n'avait pas encore l'avantage d'être dotée d'une de ces institutions charitables, Ozanam voulut profiter de son séjour pour en fonder une. Il n'eut pas de peine à en réunir les éléments, la bourgeoisie du pays répondit avec empressement à son appel. Il ne s'éleva qu'une seule difficulté, unique dans son genre. Quelques membres de la nouvelle conférence se présentèrent chez M. le curé pour lui offrir le concours de leur zèle et de leurs aumônes, afin de venir en aide aux familles pauvres de sa paroisse. L'excellent pasteur leur déclara qu'il était fort embarrassé pour répondre à leur généreuse démarche , car il ne connaissait aucun pauvre parmi ses paroissiens. Nous croyons que jamais la société de Saint- Vincent-de-Paul n'a trouvé un pareil obstacle à l'exercice de sa charité.

Toutefois cette conférence ne resta pas inactive, elle devint d'abord l'édification delà paroisse; puis si elle ne trouva pas de misères matérielles à soulager, elle en trouva assez de spirituelles à secourir. D'accord avec M. le curé, on établit une confrérie de la Sainte- Vierge , à la tète de laquelle s'inscrivirent les demoiselles des familles les plus distinguées, afin d'exercer une heureuse influence sur les jeunes personnes du pays. Divers membres de la conférence se lièrent ensuite avec quelques habitants, dont ils s'effor-

çaient de réveiller la foi ; leur zèle ne demeura pas stérile. Parmi les fruits de salut qu'ils recueillirent, nous devons en signaler un qui produisit une impression profonde dans cette petite ville. M. Cauchy, l'un des mathématiciens les plus célèbres de notre siècle et membre de l'Institut, avait fait la connaissance d'une famille on ne peut plus honorable , humainement parlant ; mais, hélas ! le père n'était catholique que de nom, et la mère ainsi que ses six enfants étaient protestants La piété, la bienveillance et l'assiduité de cet illustre savant triomphèrent bientôt de l'indifférence religieuse dans laquelle était plongée toute cette maison. Le père se rapprocha de Dieu , reprit toutes les saintes pratiques qu'il avait abandonnées, et devint lui-même plus tard président de conférence à Paris. La mère et les enfants firent leur abjuration solennellement dans l'église paroissiale de Sceaux ; ils y furent admis aux sacrements1. La conférence de Sceaux semblait au premier abord devoir s'éteindre à son berceau. Mais l'aumône matérielle n'est pas, comme nous venons de le voir, l'unique moyen qui soit au service de la société de Saint- Vincent -de -Paul pour travailler au salut des âmes,

1 Le propriétaire de la maison où logeait l'heureuse famille qui venait de rentrer dans le giron de l'Église, disputa à M. Cauchy la gloire de cette remarquable conversion. 11 prétendit qu'elle devail être surtout attribuée à la puissance très miséricordieuse de la sainte Vierge, il fondait son 'dire sur ce que le principal pilier de sa maison reposait sur des fondations dans lesquelles il avait placé luimême une médaille de l'Immaculée-Conception ; et que c'étah préci sèment contre ce pilier que s'appuyait constamment I" sii ge qui servait à M. Cauchy lorsqu'il venait visiter ses uéophytes. Comment alors ses paroles n'auraient-elles pas triomphé sous une pareille influence?

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