‹ Vie de Frédéric OzanamChapitre 240 sur 313 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

but principal qu'elle se propose. Elle sait recourir à toutes les inépuisables ressources que lui fournit une charité éclairée et sans bornes: c'est là qu'elle trouve le secret de tout le bien qu'elle opère autour d'elle.

Ozanam était allé à Sceaux, pensant y trouver la paix, le loisir et la sauté ; mais les candidats pour le baccalauréat savaient l'y retrouver, et leurs mères éplorées venaient forcer la porte. Pourtant il n'y avait pas que les importuns qui se permissent de le tirer de la solitude ; ses frères allaient souvent le voir, et ses meilleurs amis venaient ajouter au charme de ce délicieux séjour celui du vif intérêt qu'ils lui portaient. L'un des plus assidus, des plus aimés était M. J.-J. Ampère. Il arrivait le lundi, restait jusqu'au jeudi, puis retournait à Paris pour la séance de l'Académie française , et allait terminer la semaine à Montreuil, près de Versailles, chez son ami M. de Tocqueville.

« Ce fut durant l'année 1851 , écrivait M. Ampère, après la mort de notre frère , sur un banc que je vois encore dans son petit jardin de Sceaux, où il était allé, déjà bien fatigué, chercher quelque repos, entre sa femme et son enfant, qu'Ozanam me lut son tableau du Paganisme: derniers jours sereins de notre amitié, les derniers où l'incertitude qu'il fallait lui cacher ne vint pas en empoisonner la douceur. Qu'on me permette de leur donner un regret, et de ne pas essuyer cette larme qui tombe sur le papier tandis que j'écris... »

A Sceaux, les deux amis travaillaient beaucoup;, on faisait de longues promenades, on causait indéfiniment, et, le soir, J.-J. Ampère charmait ses hôtes par

quelques lectures. C'est alors qu'il leur fit connaître Hilda, roman historique qui avait été applaudi 4 à l'Abbaye-aux-Bois par Mmc Récamier, M. Ballanche et M. de Chateaubriand. Il leur lut aussi beaucoup de vers et un récit suédois, où il avait caché, sous le voile du roman, les principales phases de sa vie.

Quoique Frédéric se fût assez bien trouvé du temps qu'il avait passé à la campagne, les médecins l'engagèrent à changer d'air et à prendre les bains de mer à Dieppe. C'était précisément l'époque de la première grande exposition de Londres au palais de Cristal 11 ne nourrissait pas une grande sympathie pour les Anglais, et sa curiosité pour l'exposition n'avait rien de bien excessif; mais on avait fatigué ses oreilles en lui répétant que le professeur de littérature étrangère man querait à ses devoirs s'il ne saisissait pas l'occasion d'aller saluer à si peu de frais la patrie de Shakespeare. Ce qui le décida surtout à passer le détroit avec sa femme et son enfant, car jamais il ne se serait accordé un plaisir sans le partager avec elles ; son ami Ampère s'offrit de les accompagner avant de s'embarquer pour l'Amérique, qu'il voulait visiter.

Il faudrait citer ici une lettre entière qu'Ozanam écrivit au docteur Dufresne, à Genève 2, pour avoir une idée des tristes impressions qu'il remporta de Londres. «L'Angleterre, dit-il, étonne et subjugue les meilleurs esprits par le spectacle de sa puissance matérielle, parla hardiesse de ses machines, par le bon marché de ses

i Hilda, ou le Christi<mis»u! au v siècle, publiée l'année suivante dans la Revue des Deux-Mondes) 1er janvier et 1er août ISj-2. 2 T. II, p. 370.

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