‹ Vie de Frédéric OzanamChapitre 25 sur 313 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

de divins phosphores destinés à annoncer d'adorables mystères. Au sujet de ce dernier, il dit : « Enfin l'étoile qui apparut aux trois mages dans l'Orient était un divin phosphore qui éclaira et conduisit les gentils au berceau de Jésus, afin d'y reconnaître et d'y adorer la divinité unie à notre humanité. C'est ce que l'Eglise chante si pompeusement dans la belle hymne de Laudes au jour de l'Epiphanie :

Quam slella, quae solis rolam Vincit décore ac lumine, Venisse terris nuntiat , Cum carne terrestri Deum '. »

Ailleurs, après avoir démontré que les lueurs qui apparaissent quelquefois dans les ténèbres ne sont autre chose que le produit de quelques matières phosphorescentes, notre pieux auteur ajoute : « C'est dans les ténèbres de la nuit, où l'on ne devrait rien voir, que se font les visions, que se forment les chimères, les spectres, les fantômes, et qu'une imagination dépravée se livre à mille frayeurs, à mille terreurs paniques, à mille alarmes fausses, et craint où il n'y a rien à craindre. C'est sur cela que l'Église demande tous les soirs à Dieu que les fidèles soient à couvert des songes nocturnes et des fantômes de la nuit :

Procul recédant somnia Et nocliuQi phantasmata -. «

1 « Une étoile qui l'emportait en beauté, et par son éclat, sur le soleil même, annonçait qu'un Dieu se revêtait d'une chair terrestre. »

2 « Que les songes et les fantômes des nuits fuient loiu de nous. »

C'est ainsi qu'Ozanam savait mêler à l'étude des mathématiques, si aride et si abstraite par elle-même, les inspirations les plus douces de la foi.

Il avait aussi le talent de disséminer, à travers ses démonstrations, une multitude d'anecdotes très intéressantes qu'il avait recueillies de ses nombreuses lectures ; donnant par là un charme, un attrait incroyables à ses œuvres. Son érudition était immense; tous les anciens auteurs, grecs et latins, historiens, poètes, philosophes, lui étaient familiers. Il les connaissait à fond, et les citait souvent avec un admirable à-propos. Valère Maxime, les Commentaires de César, Tite-Live, Tacite, Lactance, Sénèque, Pline, Lucain, Ovide, Virgile, Horace, Claudien, Ammien Marcellin , Vitruve, Démosthène, Plutarque, Diodore de Sicile, Thucydide, Anaxagore, Euripide, Strabon, Pausanias, Aristophane, Cicéron, Cassiodore, Aristote, Platon, Descartes, Mulebranche, Bayle, Roger Bacon, étaient pour lui comme des amis dont la conversation le ravissait. On voit par là qu'il lisait le grec aussi facilement que le latin. Beaucoup d'autres écrivains moins connus, mais fort savants, trouvaient encore en lui un lecteur zélé et intelligent. Nous n'en citerons que quelques-uns, afin de ne pas fatiguer le lecteur, tout en donnant une idée de ses innombrables recherches : Justinien [corpus juris civilis), Marsile Ficin, Gaspar Peucer, Jean Vossius, Gonzalès d'Oviédo, naturaliste; Gesner, Julius Obsequens, Ferrari, Boccone, gentilhomme sicilien ; Boèce, Vaillant, Rochefort naturaliste ; Richard Wallerus, delà Société royale d'Angleterre; Tournefort, Frezier, auteur d'une relation sur les mers du Sud ; puis des physiciens,

Page 1