‹ Vie de Frédéric OzanamChapitre 242 sur 313 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

un signe de réprobation , c'est que ces richesses ne servaient pas, après tout, à rendre meilleur le sort de l'humanité, Le sort du grand nombre. C'est que la ville la plus riche était encore celle qui traitait le plus rudement sis pauvres. Dans ce pays aristocratique , le contact de l'indigent souille et compromet. On ne recevrait pas la monnaie d'un cocher s'il ne la pliait dans du papier. Frédéric convenait volontiers des qualités du peuple anglais. 11 lui reconnaissait assurément son respect pour la loi , son amour pour son pays , son ardeur constante pour le travail , et malgré cela son respect pour le repos du dimanche. Mais ce qu'il ne pouvait lui pardonner, c'était la morgue des riches et son mépris des pauvres.

Enfin, après sept heures d'une heureuse traversée , nos voyageurs , moins leur ami Ampère , qui partait pour l'Amérique, arrivèrent à Dieppe pour y prendre les bains de mer.

Le soleil, qui semblait résolu à ne pas luire à Londres, avait déchiré tous ses voiles au moment où Ozanam avait quitté l'Angleterre pour retourner en France. Notre voyageur retrouva à Dieppe une température assez douce pour lui permettre de prendre les bains de mer que la faculté lui avait prescrits. Il profita aussi de la sérénité du ciel pour multiplier ses visites à la jetée et pour faire des promenades dans les environs. Les bords de la rivière d'Arqués surtout avec ses beaux ombrages 1 attiraient souvent de ce côté. Un jour même il se laissa entraîner jusqu'au vieux château qui domine la petite ville de c^ nom, à ;>ix kilomètres de Dieppe. Ses forces lui permirent encore de faire cette course à pied, aller et

retour. Il est vrai que c'était, comme toujours, en compagnie de sa femme et de son enfant, cheminant toutes deux sur une monture semblable à celle de la vierge Marie fuyant en Egypte ; cette société rendait à ses jambes affaiblies l'agilité, la vigueur dont sa jeunesse avait donné plus d'une preuve, lorsque nous faisions ensemble nos voyages à pied. Au reste, ce qui contribuait encore à réveiller son ancienne ardeur pour la marche, c'était le ravissant spectacle que lui offraient cette magnifique vallée, sa petite rivière serpentant à travers de riantes prairies , formant , avec le cours d'eau de la Béthune, une sorte de ceintu-e à la colline au pied de laquelle est assis le joli bourg d'Arqués; puis, sur le sommet, les ruines imposantes de l'antique château fort, célèbre par la victoire que Henri IV y remporta sur le duc de Mayenne en 1589. Le souvenir de ce haut fait est précieusement conservé dans l'église du village, où l'on a placé un buste du héros, quoique assurément il soit bien loin d'avoir jamais été mis au nombre des saints. Enfin, autour de ce monticule, d'immenses forêts couvrent les mamelons voisins, et dans le lointain la mer se laisse apercevoir.

Frédéric aimait passionnément la nature, parce qu'elle lui révélait la toute -puissance de Dieu; en la contemplant il oubliait ses fatigues; il l'aimait à tel point qu'à Londres, au sortir du palais de Cristal, il ■se réjouissait de voir les gazons verts du parc, les groupes de grands arbres, les moutons qui paissaient au-dessous, et tout ce que l'industrie n'avait pas fait.

Pendant son séjour à Dieppe, Ozanam ne manqua pas de visiter les conférences de Saint- Vincent-de-Paul

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