CHAPITRE XXI
un tertre entouré des fleurs les plus belles; une croix le domine. C'est là que repose, dans sa demeure dernière, la sœur de l'abbé Cestac, la fondatrice des servantes de Marie, celle qui s'offrit la première à s'enfermer dans cette solitude pour y veiller sur la pénitence et le repentir.
En portant ses regards autour de ces pauvres demeures, on voit de toutes parts s'étendre de vastes champs de maïs, de pommes de terre, dont la culture, fécondée par tant de sueurs, fournit une frugale nourriture aux pauvres solitaires, car elles ne connaissent plus l'usage de la viande. Ailleurs, c'est le ricin, la garance et d'autres plantes utiles. Des rideaux de peupliers garantissent les récoltes du vent de mer et de l'invasion des sables.
Aujourd'hui, le nombre des cénobites est devenu si considérable, qu'au lieu de quelques champs établis au milieu des sables, ce sont des fermes magnifiques créées à force de travail sur ces terrains arides , avec tous les bestiaux nécessaires pour une exploitation agricole. VoiLà ce que sait accomplir la foi , même avec les bras de faibles femmes. Mais scus quelle inspiration cette nouvelle Thébaïde s'éleva-t-elle ? '
Un jour, on avait appris, au couvent des Sables, qu'un pauvre cultiyateur, qui apportait habituellement des provisions , était gravement malade , et seul dans sa cabane. Quelques-unes des repenties furent envoyées pour le soigner. Ce pauvre homme mourut en leur léguant en reconnaissance sa cabane et son petit jardin. En face du ciel et de l'Océan, au milieu de la solitude de cet immense désert, ces pauvres pénitentes furent
si profondément touchées par la grâce divine, qu'à leur retour elles demandèrent avec instance la faveur de s'isoler au bord de la mer, pour y vivre dans la retraite et dans la prière , et pour y étendre le modeste héritage qu'elles avaient reçu du pauvre dont elles venaient de recueillir le dernier soupir. Le saint fondateur y consentit, mais à la condition qu'elles suivraient la règle austère des Bernardines , qui est la même que celle des trappistes, tout en continuant d'obéir à la supérieure des servantes de Marie *.
Telle fut l'intéressante origine de l'œuvre admirable dont nous venons de parler. On ne demandera plus à quoi servent ces sœurs grises et voilées: par leur labeur opiniâtre , elles transforment les sables arides en fertiles campagnes. Espérons que, par l'austérité de leur vie et par la ferveur de leurs persévérantes prières, elles transformeront aussi l'indifférence et l'impiété d'un bon nombre de leurs compatriotes , en leur obtenant de Dieu la foi et la fidélité aux devoirs que le christianisme impose .
Si nous avons insisté avec quelque détail sur cette Thébaïde française, ce n'est pas seulement pour la faire connaître à ceux qui en ignorent l'existence , mais c'est surtout pour mieux faire comprendre l'heureuse influence qu'elle ne manqua pas d'exercer sur la santé d'Ozanam. Sa piété, son cœur si sensible à toutes les impressions morales, reçurent de cette visite et du touchant spectacle auquel il venait d'assister de si douces émotions, -qu'unies à la douceur du climat
1 Docteur Ozanrtm, le Pays' des landes, une thébaïde en France , lu. in-8°, 1857.